Il est arrivé à l’heure malgré la manifestation des taxis sur le périphérique parisien. Bernard Arnault et plusieurs membres de l’état-major du groupe LVMH ont été auditionnés mercredi 21 mai, par la commission d'enquête sénatoriale sur l'utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants. D’emblée, le président directeur-général de 76 ans a signifié son mécontentement à Fabien Gay, sénateur (PCF) et directeur du journal l’Humanité, dont la Une du jour, «Le Luxe sabre l’emploi», met en cause les 1200 emplois supprimés par LVMH dans sa filière vins et spiritueux. Après une passe d’armes de plusieurs minutes sur la liberté de la presse, l’audition a pu commencer sereinement.
Un patriotisme fiscal revendiqué
Bernard Arnault l’a répété plusieurs fois : «[LVMH] est probablement parmi tous les groupes du CAC40 que [la commission] a interrogé le plus patriote et celui qui paye, de loin, le plus d’impôts en France.» En 2023, LVMH indique avoir perçu 275 millions d’euros d’aides pour une contribution fiscale de 3,8 milliards d’euros et 3,9 milliards d’euros d’investissements en France. L’entreprise souligne que les 64 millions d’euros qu’elle a perçu grâce aux crédits d’impôts (recherche et mécénat principalement) ne représente «que» 2,61% des 2,5 milliards d’euros versés au titre de l’impôt sur les sociétés. Le dirigeant en a profité pour dire son attachement au pacte Dutreil (qui permet une large exonération fiscale pour les transmissions d’entreprises) et regretter que LVMH doive payer environ 700 millions d’euros au titre de la contribution nationale exceptionnelle (créée cette année pour réduire le déficit des comptes publics) quand d’autres groupes français dont les bénéfices sont faits à l’étranger y échappent.
Estimé à 7 milliards d’euros par an pour l’État, le dispositif de détaxation qui permet aux touristes étrangers de se faire rembourser la TVA sur un certain nombre de produits de luxe est rapidement arrivé sur le tapis. Stéphane Bianchi, le directeur général adjoint de LVMH a indiqué qu’il ne s’agissait pas pour le groupe «d’une aide publique» mais «d’une aide utile» qui participe à «l’attractivité de la France».
L’état-major de Bernard Arnault s’est enfin dit favorable à une meilleure transparence sur les aides accordées aux entreprises sur le modèle de ce que fait le ministère de la Culture concernant celles versées à la presse.
Le rejet des accusations d’évasion fiscale
Alors que l’implication de LVMH dans les affaires d’évasion fiscales liées aux LuxLeaks et aux Paradise Papers a été citée par Le Monde, Bernard Arnault s’est voulu catégorique. «Je voudrais m’élever totalement contre ce qui a été dit et reproduit dans un certain nombre de journaux, a indiqué le dirigeant. Notre groupe est présent dans de nombreux pays, faut-t-il pour ne pas être accusé de faire de l’optimisation fiscale fermer nos boutiques au Panama et ne plus avoir de filiales au Luxembourg ?» LVMH indique bien avoir des filiales dans des pays comme la Suisse ou Panama mais uniquement pour pouvoir avoir des boutiques sur place. «On ne fait absolument rien à but fiscal on travaille pour le business», a résumé Cécile Cabanis, la directrice financière.
L’urgence de négocier avec Trump et la Chine
«Les États-Unis sont le premier marché du monde, c’est vrai pour nous, c’est très important d’arriver à un accord [avec eux]», estime Bernard Arnault qui a jugé «très mauvais pour l'État de se mêler de la gestion des entreprises privées». Une façon pour le milliardaire de répondre à l’appel au patriotisme économique d’Eric Lombard, le ministre de l’Économie, qui souhaite que les entreprises investissent en priorité en Europe. Le patron du luxe invite l’Union européenne à prendre exemple sur le Royaume-Uni pour négocier efficacement avec Donald Trump grâce à des compromis pour éviter les droits de douane prohibitifs décidés puis suspendus temporairement par le président américain. Bernard Arnault se dit très inquiet pour la filière du cognac français (dont son groupe est un important acteur) qui réalise 80% de son activité aux États-Unis et en Chine.



