Les thérapies géniques s’invitent au menu du Conseil des industries de santé

Faire entrer des gènes sains dans notre organisme pour combattre des maladies, c'est le principe des thérapies géniques. Si la France innove en la matière depuis la création du Téléthon, elle peine encore à structurer une filière. Le sujet pourrait s’inviter au menu du Conseil des industries de santé, organisé ce 11 février avec le gouvernement.

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FANNY COLLAUD, TECHNICIENNE DE LABORATOIRE A GENETHON, TRAVAILLANT SUR LA MALADIE DE POMPE
Fanny Collaud, technicienne de laboratoire à Généthon, en train de réaliser une opération dans le cadre de recherches sur la maladie de Pompe.

Le Conseil stratégique des industries de santé 2021 (CSIS), instance réunissant le gouvernement et l’industrie qui se réunit ce jeudi 11 février après-midi, sera-t-il l’opportunité de développer une filière française des thérapies géniques, ces thérapies révolutionnaires popularisées par le Téléthon ? Plusieurs experts et laboratoires militent en ce sens, alors que l’Etat veut rapatrier dans l’Hexagone la production des innovations de demain et défendre sa souveraineté en matière de santé, mise à mal lors de la crise du Covid-19. Mais la partie n’est pas encore gagnée.

Certes, le génie génétique a trouvé un tremplin inattendu au service de la santé avec le Covid-19. Car les vaccins « adénovirus recombinants » développés par les géants anglo-suédois AstraZeneca et américain Janssen (filiale de J & J) y font appel, tout comme le vaccin à ADN sur lequel planche l’Institut Pasteur. La comparaison s’arrête là. Car si le vaccin d’AstraZeneca - vendu à prix quasi coûtant et au marché potentiel mondial - a trouvé facilement preneur, les thérapies géniques ciblent pour leur part des marchés de niche - des patients atteints de maladies génétiques rares et graves - et peinent à trouver un modèle économique jugé acceptable par la France.

Une longue R&D suivie d’une production particulièrement complexe

Le principe ? Traiter voire guérir un patient via une seule injection de matériel génétique, apporté dans l’organisme en utilisant un vecteur viral, donc un virus, pour aller corriger la déficience génétique responsable d’une maladie. Développé depuis trente ans, ce domaine de pointe connaît enfin une véritable "explosion", selon Frédéric Revah, directeur général du Généthon, le laboratoire de recherche fondé en 1990 par l’association de patients AFM-Téléthon (découvrir notre reportage). Lequel liste au total "dix médicaments mis sur le marché en cinq ans, et une trentaine de médicaments actuellement en phase III", l’ultime phase de tests sur l’homme. Du côté du Généthon, un premier médicament, le Zolgensma, a été mis l’an dernier sur le marché. Il permet de soigner des bébés souffrant d’amyotrophie spinale (SMA), une maladie génétique rare, neuromusculaire et terrible. Moins de 50% des petits patients survivaient au-delà de deux ans.

Mais ces traitements restent particulièrement complexes à produire. Comme sur le site de thérapies géniques du géant pharmaceutique suisse Novartis aux Ulis (Essonne), où chaque médicament est fabriqué à l’unité à partir des prélèvements d’un seul patient (voir notre reportage). Dans cette usine de bioproduction unique en France, seule capable de fabriquer des « cellules Car-T », est réalisée une "production de laboratoire plutôt qu’à une échelle industrielle, décrit Marie Urtiaga, sa directrice. Nous recevons des cellules et nous renvoyons le médicament sur-mesure en 22 jours, avec 10 jours consacrés au traitement des cellules et 12 jours au contrôle qualité". Ce qui nécessite une chaîne logistique très stricte, notamment de froid pour la conservation, et une grande collaboration avec les quelques centres hospitaliers français habilités à faire et expédier les prélèvements sanguins des malades.

Résoudre la question du prix

Des spécificités de production qui, ajoutés à de gros investissements initiaux en R&D et la capacité de soigner en une injection des maladies parfois incurables, rendent le coût des traitements finaux faramineux. Désormais commercialisé par Novartis, le Zolgensma est aujourd’hui considéré comme l’un des médicaments les plus chers au monde, à près de 2 millions d’euros la dose. Une autre thérapie génique autorisée pour traiter une pathologie oculaire qui menait à la cécité est, elle, facturée autour de 500 000 euros. Une épine dans le pied des autorités de santé françaises.

A la demande d’une biotech américaine du secteur, Bluebird Bio, six experts – dont les économistes de la santé Jean de Kervasdoué, Gérard de Pouvourville et Nicolas Bouzou, le professeur d’éthique médicale Emmanuel Hirsch – ont planché sur des pistes à proposer aux pouvoirs publics pour rattraper le retard pris par la France, malgré son écosystème prometteur (voir notre enquête). Dans leur manifeste dévoilé le 10 février, ils appellent à « faire évoluer le financement annuel vers une logique d’investissement », en identifiant « les enjeux des thérapies géniques en termes de valeur » et de bénéfices économiques et sociétaux sur du long terme (espérance de vie, famille, carrière…), tenir compte de la prévalence et de l'incidence des maladies traitées, et proposent de « construire des mécanismes de financement pérennes et soutenables pour la Sécurité sociale, à travers la mise en place du paiement échelonné dans le temps et conditionné à l’efficacité des traitements ».

Une filière en mal de structuration

Ces experts prônent aussi de structurer à travers la France des « pôles de soins spécialisés et d’acteurs impliqués dans la production de ces traitements » afin d'offrir meilleure prise en charge aux patients et « attractivité et compétitivité supplémentaire pour la bioindustrie française ». Certes éparpillée, la filière hexagonale des thérapies géniques peut d’ores et déjà compter sur Sanofi. Le numéro un pharmaceutique français  a récemment investi 15 millions d’euros sur son site de Genzyme à Lyon (Rhône), pour fabriquer des lots cliniques de produits actuellement en développement sur son unité américaine de Boston pour traiter des maladies rares ou dégénératives. Faisant de Lyon son premier site au monde de production de vecteurs viraux. Mais toutes les histoires ne sont pas aussi belles : en raison de difficultés financières, YposKesi, le bras armé pour l’industrialisation des traitements du Généthon, serait en passe de se faire racheter à hauteur de 70% par le conglomérat sud-coréen SK Holdings, l’AFM-Téléthon et Bpifrance détenant le solde.

Gaëlle Fleitour, avec Julien Cottineau

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