Etude

Les start-up industrielles européennes n'ont jamais autant attiré les investissements

Un rapport de Speedinvest et Dealroom, publié jeudi 20 octobre, chiffre que l’investissement de capitaux dans les start-up industrielles européennes pourrait dépasser les 6 milliards de dollars en 2022. En termes de fonds reçus, la France se place sur la deuxième place du podium derrière l’Allemagne.

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Flying Whales
A l'instar du dirigeable de la PME francilienne Flying Whale, qui a levé 122 millions d'euros à l'été, les start-up industrielles européennes survolent le désert des financements engendré par la crise.

La vague des start-up industrielles ne connaît pas la crise. Voilà la principale leçon d’un rapport publié par le fonds d’investissement européen Speedinvest et le cabinet d’analyses Dealroom jeudi 20 octobre. En additionnant l'ensemble des tours de tables supérieurs à un million de dollars mené en 2022 par des start-up industrielles ou en offrant des solutions pour l’industrie en Europe, le rapport chiffre que ces derniers atteignent déjà 4,7 milliards de dollars en 2022 (autant en euros). Les auteurs estiment que l’ensemble des sommes levées devrait dépasser les 6 milliards d’ici la fin de l’année. Loin devant les 4,9 milliards de 2021.

Un secteur mature et attractif

« D’une année sur l’autre, l’argent investi dans “l’industrial tech” augmente », commente Marie-Helene Ametsreiter, chargée de l'équipe industrie chez Speedinvest. Selon elle, la dynamique serait même renforcée par la crise, alors que certains observateurs pointent déjà que le resserrement du crédit complique les levées de fonds des start-up.

Financemnet startup industriellesDealroom / Speedinvest
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Les investissements dans les start-up industrielles européennes augmentent tout comme les tours de table remarquables. Crédits : Dealroom / Speedinvest

« L’industrial tech n’est pas un secteur d’hypercroissance qui, comme la tech, peut être stimulé au travers d’investissements de marketing et de communication importants. Ce qui compte, c’est que le produit fonctionne et que l’on puisse le prouver : les fondamentaux du secteur sont donc particulièrement sains, ce qui explique d’ailleurs que la valorisation des start-up industrielles reste globalement stable », juge l’investisseuse en capital-risque. Autre facteur : pour mener sa transition numérique et écologique, l’industrie est en quête de nouvelles solutions et garantit de fait un débouché aux start-up industrielles pertinentes.

Aujourd’hui, les start-up industrielles peuvent compter sur une multitude de fonds spécialisés pour lever d’importantes sommes, juge Marie-Helene Ametsreiter. En 2022, plus de la moitié des investissements dans le secteur l’ont été via des tours de tables en série D, pour des sommes supérieures à 100 millions de dollars. Le rapport note aussi une montée en puissance du capital-risque d’entreprise (CVC), qui représente 802 millions de dollars entre janvier et septembre 2022, contre 337 en 2020 et 843 au total en 2021.

Gestion de l’approvisionnement et climat en tête

Dans le détail, le rapport montre que les start-up industrielles sont inégalement réparties en Europe. « Les deux grands hubs sont l’Allemagne et la France, auxquels on peut ajouter les pays nordiques de manière générale », détaille Marie-Helene Ametsreiter. Entre janvier et septembre 2022, les start-up allemandes ont récolté 1,4 milliard de dollars, tandis que leurs homologues françaises affichent plus de 800 millions.

Pays startup industriellesDealroom / Speedinvest
Pays startup industrielles Pays startup industrielles

Sur l'année 2022 comme sur toute la période 2015-2022, la France est deuxième derrière l'Allemagne sur le podium des montants levés. Crédits : Dealroom / Speedinvest

Les données de Dealroom montrent aussi que la logistique et la gestion des chaînes d’approvisionnement (procurement) représentent le secteur les plus prisé des investisseurs. C’est là qu’on retrouve les plus grosses opérations de l’année, à l'image de celles du finlandais Relex (qui a levé 500 millions de dollars en début d’année) et de l’allemand Celonis (400 millions). Comme en témoigne le succès du lillois Exotec, qui a récolté 335 millions de dollars en début d’année, la robotique a aussi la côte et totalise 776 millions de dollars sur le début de l’année 2022. D’autres secteurs, comme l’énergie, la réalité virtuelle et augmentée, l’internet des objets, la simulation et les drones affichent aussi de belles performances.

« Mais sur les 18 à 24 derniers mois, la mode est vraiment aux technologies pour le climat (climate tech), juge l’investisseuse. C’est une priorité de tous les acteurs corporate, d’autant que les crédits carbone se renchérissent et deviennent des facteurs de coût de premier plan. » D’où le succès des acteurs qui proposent des solutions pour économiser de l’énergie, améliorer le recyclage, remplacer les énergies fossiles ou même mieux comptabiliser les bilans carbone, liste-t-elle. Entre les tensions énergétiques et la crise climatique, le secteur devrait malheureusement continuer d'être porteur. 

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