Nouveau cri d'alarme sur l’importation d’équipements de production chinois. L’organisation française des fabricants de machines et biens d’équipements Evolis a profité du salon Global Industrie, organisé du 11 au 14 mars à Lyon, pour publier un observatoire des importations dans quatre grands domaines : les dispositifs fluidiques, ceux pour le BTP, la manutention et la production industrielle.
Sur cette dernière catégorie, les exportations d’équipements depuis la Chine ont augmenté de 230,6% à l’échelle mondiale entre 2010 et 2023. Dont 2% ont été à destination de la France en 2023. L’Hexagone continue donc très majoritairement à se fournir en Europe. Alors, pourquoi cette inquiétude ? Une «menace grandissante» avec «des produits venant massivement d’Asie et plus particulièrement de Chine» est évoquée inlassablement par le vice-président d’Evolis Fabien Vincentz. Il avance une première explication à ces exportations massives : «le marché local arrive lui-même à saturation et le marché américain se ferme.» Les fabricants chinois se tournent donc logiquement vers l’Europe.
Des écarts de prix marqués dans la robotique
Dans les allées du centre Eurexpo à Lyon, pas de croissance exponentielle d’exposants chinois. De 23 lors de la précédente édition lyonnaise en 2023 – le salon se tient à Paris une année sur deux – ils sont passés à 27 en 2025. Evolis a toutefois mené une enquête auprès de ses adhérents pour prendre le pouls. Ce qui les inquiète surtout, plus que les volumes, ce sont les prix pratiqués par les concurrents chinois. 95% d’entre eux disent «avoir perçu un écart de prix avec la concurrence étrangère allant de -20% à plus de -50% par rapport à leurs propres gammes d’équipements». Un phénomène particulièrement marqué dans la robotique où 80% des répondants évoquent des écarts de prix supérieurs à 30%. Fabien Vincentz parle d’un «phénomène entamé en 2013» avec «une montée en gamme dans la robotique depuis deux ans».
«Le prix des robots chinois couvre à peine le coût de la matière première», affirme quant à lui Jocelyn Peynet, directeur France du fabricant danois de cobots Universal Robots. Il ajoute que «les organismes de certification sont frileux pour approuver ces technologies installées chez les industriels, mais que beaucoup d'entre eux cherchent des prix attractifs». Un constat quelque peu partagé par l’entreprise suisse de robotique Stäubli : «On ne les connaît pas tous encore au niveau performance et durabilité, détaille le directeur de la division robotique France Jacques Dupenloup. Mais tous les industriels n’ont pas besoin de s’équiper de robots haut de gamme, donc le prix fait la différence». Stäubli vise les industriels à la recherche de bras robotisés ultra précis et rapides.
Au-delà de la qualité, une autre façon de se démarquer reste l'innovation. Une carte mise en avant par des industriels comme Technomark, qui commercialise des machines de marquage laser et micro-percussion, ou encore Le Lorrain, qui produit des chalumeaux et autres équipements pour le gaz et la flamme.
Des industriels européens produisent en Chine
«Attention à ces discours, surtout dans le monde de la métrologie ! Mais je pense que c'est pareil dans le monde de la machine-outil et de la robotique», tempère Cyril Aujard, responsable des ventes chez Bruker et plus particulièrement au sein de sa filiale Alicona qui produit des spectromètres et autres interféromètres haut de gammes pour le médical, la défense, la recherche. «Ce n’est pas forcément pertinent d’attaquer les industriels chinois en disant qu’ils sont moins chers parce qu’ils produisent dans leur pays, car nombreux sont les industriels [occidentaux] présents sur Global Industrie à fabriquer une partie de leurs produits en Chine», ajoute-t-il. Lui assure que les fabricants européens peuvent se différencier sur l’accompagnement et les services après-ventes en étant au plus proche de leurs clients. Au contraire des industriels asiatiques, qui ouvrent simplement des petites filiales en Europe pour piloter leurs ventes.
Insize Europe, présente pour la première fois sur Global Industrie, est une filiale de la société chinoise Insize Co. Cette dernière conçoit des instruments de mesure mais en sous-traite la fabrication... à un industriel asiatique, qui produit peut-être aussi des instruments pour des européens. Pour s'implanter en Europe, Insize Co multiplie l'ouverture de bureaux de ventes en Europe avec une présence en Espagne, en République-Tchèque, en France et bientôt en Allemagne. Mais elle n'a pas la force de frappe des acteurs européens dont une grande partie des équipes sont présentes sur le territoire et peuvent assurer plus rapidement le suivi de leurs installation auprès des clients.
Se démarquer avec un catalogue produits bien fournit
«A la fin des années 1990 et début des années 2000 une première vague de fabricants chinois a cherché à s’implanter sur le marché européen mais leurs produits n’étaient pas encore dans les standards du marché», se souvient Luc Froger, directeur commercial chez Insize Europe. Ce n’est désormais plus le cas. Et Insize Europe entend se démarquer de la concurrence avec son «très large catalogue de produits» et des «prix compétitifs».
A l’occasion de Global Industrie, plusieurs industriels français affirment vouloir «alerter les politiques» sur ce phénomène et demandent l’établissement d’une «préférence nationale, voire européenne». Mais le Premier ministre François Bayrou, arrivé en toute fin de journée jeudi sur le salon, n'a pas parlé de ce sujet. Il a toutefois évoqué la simplification administrative, un autre cheval de bataille de nombreux industriels.



