Numéro de sécurité sociale, coordonnées bancaires, données médicales... Les appareils numériques renferment un grand nombre de données sensibles. Si des procédés existent pour effacer ces données et favoriser le reconditionnement des smartphones, ordinateurs et disques SSD, ils posent encore des problèmes en matière de préservation des composants, de rendement, ou de sécurité des données. Le plus sécurisé vis-à-vis des données, comme la démagnétisation, entraîne la destruction des composants et rend l'appareil inutilisable. Tandis que l'effacement par logiciels, moins destructeur, ne permet pas un effacement total.
Mais une nouvelle technologie d'effacement des données par rayons X, née du rapprochement entre l'entreprise Le GSM, le CEA et Grenoble INP, pourrait changer la donne. C'est en 2017, lorsque des scientifiques du CEA réalisent des expériences au synchrotron de Grenoble, que démarre le concept. «Ils avaient montré qu’il était possible de modifier l’état d’un transistor en focalisant un faisceau de rayons X dessus», détaille Luc Salvo, chercheur au laboratoire Science et ingénierie des matériaux et procédés (SIMaP) de Grenoble INP.
De son côté, Le GSM possède un équipement clé. «Nous avons une machine au sein de notre local à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), qui contient un tube à rayonsX assez puissant pour passer les appareils numériques sous rayonnement», confie à l’Usine Nouvelle Lionel Uzzan, le PDG de cette entreprise de reconditionnement électronique. Celle-ci se rapproche alors du CEA pour développer une source de rayons X de plus faible intensité, capable d'effacer les données de la mémoire flash. De premiers tests (financés par l'ANR via le projet MITIX), s’engagent avec le laboratoire SIMaP pour perfectionner l'irradiation, qui fera l’objet de brevets.
Une solution industrielle pour traiter des milliers d'appareils numériques
Lauréat de l'appel à projet «Econum» de l'Ademe sur la sobriété numérique – lancé dans le cadre du plan France 2030 avec une enveloppe de 6 millions d'euros accordée à quatre lauréats – le projet Repex est lancé en avril 2024. Financé pour une durée de trois ans et demi, il vise l'industrialisation de cette technologie. «Le temps de traitement aux rayonsX de cette technique est plus long, mais permet d’effacer totalement les données de façon sécurisée et sans besoin de reprogrammer l’appareil. Nous voulons donc améliorer son rendement en diminuant le temps d'effacement, tout en préservant l'intégrité des composants, indique Lionel Uzzan. L'objectif est de traiter 1000 à 1200 produits par jour.»
Si la technique fonctionne sur tous les supports contenant une mémoire flash, comme les ordinateurs portables, tablettes, montres connectées, disques SSD et smartphones, la densité et la superposition des composants à l’intérieur de l’appareil peuvent rendre l’opération plus complexe. «Il faut que l’on fasse attention à ne pas toucher à certains composants comme les microcontrôleurs, pour ne pas endommager l’appareil, détaille Lionel Uzzan. Nous discutons avec les industriels pour que cela soit pris en compte en amont, dès la fabrication des appareils.»
Le projet a déjà obtenu la certification d’effacement ADISA. Une autre est en cours de validation auprès de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi). «Nous travaillons actuellement à une certification FIPS (Federal Information Processing Standard), plus internationale pour une commercialisation aux Etats-Unis», ajoute le dirigeant de Le GSM. Une fois industrialisée, la technologie pourrait intéresser les entreprises soumises aux réglementations RGPD (règlement général sur la protection des données) et celles répondant à des objectifs RSE.



