L’avenir de l'électronique s’écrit ici. Le CEA-Leti, le laboratoire de micro et de nanotechnologies situé sur la presqu'île scientifique de Grenoble (Isère), vient d’inaugurer le 9 octobre 700 m² de salles blanches supplémentaires, qui s’ajoutent aux 11000 m² déjà existants au sein de l’institut. Un projet symbolique : ces installations flambant neuves sont situées dans le «bâtiment 40», un édifice historique du CEA, construit en 1984 et inauguré à l’époque… par le président François Mitterrand. Un autre monde.
Devenu obsolète et délaissé au profit du plus moderne «bâtiment 41», nouveau centre de gravité de la R&D du laboratoire, le «40» a bénéficié d’une vaste rénovation étalée sur un an et demi. Montant de l’investissement : 42 millions d’euros, financés par le CEA (environ au trois-quarts) mais également par l’État, la région Auvergne-Rhône-Alpes et Grenoble Alpes Métropole.
Sur le plan écologique, l’isolation des toitures et des façades permet de diviser par trois sa consommation énergétique, tandis qu’un système de récupération de chaleur fatale, inédit en microélectronique, apporte un gain thermique équivalent à 6 gigawatts (GW). Pour limiter l’impact environnemental du chantier, il a par ailleurs été décidé de réaménager plutôt que de raser et de reconstruire le bâtiment. Ce dernier accueillera une centaine de salariés fin 2024 dans ses 1750 m² de bureaux.
Le cœur du projet reste l’aménagement des 700 m² de salles blanches, pouvant même atteindre 1200 m² à terme, afin de répondre à la saturation des installations existantes et au besoin croissant de ce type d’infrastructure pour créer de nouveaux modèles de puces électroniques.
Un modèle de rupture
A l’intérieur – équipé de sur-chaussures, d’une charlotte, de gants, d’une blouse intégrale et de bottes spéciales, afin de contrôler les impuretés du monde extérieur – règne un bruit permanent de ventilation. Sept machines de plusieurs tonnes sont déjà installées, sur la quinzaine prévue d’ici la fin de l’année. «Ce que nous voyons est le sommet de l’iceberg. Mais une salle blanche nécessite au moins dix fois plus d’espace autour, en sous-sol et en étages, pour faire fonctionner les équipements», explique Florian Massit, le chargé de projet rénovation du CEA.
Si le lancement de ce projet date de 2020, il trouve toutefois un écho actuel avec l’essor massif de l’intelligence artificielle, qui repose sur les performances de plus en plus poussées des processeurs. En interview à L’Usine Nouvelle, Julie Galland, la directrice générale de la recherche technologique du CEA, prévient toutefois que l’objectif n’est pas de rattraper l’avance technologique chinoise ou américaine en la matière. «Nous cherchons la rupture par rapport à ces solutions brutales existantes qui mènent à une impasse», indique-t-elle, en pointant trois ambitions stratégiques : la sûreté, l’éthique et l’éco-responsabilité.
Et le CEA compte bien se donner les moyens de ses ambitions. Face au bâtiment 40, les grues s’activent sur un autre chantier : l’édification de l’immeuble «41.03». D’ici juin 2025, il devrait accueillir une salle blanche de pointe de 2000 m² et cinq mètres sous plafond. Un projet qui bénéficie d’une enveloppe de 830 millions d’euros de la France et de l’Europe, dans le cadre du «Chips Act».



