Il paraît loin, le temps où les journalistes recevaient communiqués et invitations par courrier postal à leur bureau, et où les dépêches tombaient "physiquement" des téléscripteurs dans les salles de rédaction. Peu de doute possible, alors, sur l'identité réelle des expéditeurs et sur leurs intentions. L'information était fléchée et arrivait de façon très centralisée et hyper verticale, sans parasitage possible. Désormais, l'information est partout et les boîtes mails des journalistes débordent de sollicitations de natures diverses. L'une des premières tâches des journalistes est de faire le tri dans cet océan d'informations.
Pour compliquer leur tache, déjà ardue, ils doivent tenir compte d'un nouveau phénomène : l'arrivée de faux communiqués de presse.
Ils ressemblent comme deux gouttes d'eau aux communiqués "officiels" des entreprises et s'appuient parfois sur de vrais-faux sites créés pour l'occasion, mimant les véritables site Internet des entreprises (y compris leur adresse URL). Le journaliste distrait ou mal réveillé peut alors facilement se faire berner. C'est ce qui aurait pu se produire le 13 septembre dernier lorsque les journalistes ont reçu une série de mails étonnants siglés "TotalEnergies" annonçant la création d'un projet de déplacement d'animaux sauvages d'Afrique... en région lyonnaise, pour permettre la construction d'un pipeline. Le projet "RéHabitat" n'était en réalité qu'un canular destiné à alerter l'opinion publique sur le greenwashing du géant de l'énergie. Trop gros pour être crédible, se défendaient alors les activistes à l'origine de la supercherie...
Les communiqués montés de toutes pièces publiés sur des sites-miroirs se multiplient, et peuvent servir des intérêts divers. En septembre 2015, un faux communiqué siglé SNCF arrivait dans les boîtes mails des journalistes, devisant avec humour sur la stratégie "multi-transports" de l'entreprise (jusqu'à... l'avion). Il avait fallu trois heures au géant ferroviaire pour réagir. En 2016, un faux communiqué sur Vinci relayé quelques minutes, notamment par l'agence Bloomberg, et qui évoquait des irrégularités financières, avait fait chuter le cours de bourse de la société française. Son émetteur n'a jamais pu être identifié. En 2019, une fausse lettre signée du PDG de BlackRock pouvait laisser penser à un virage à 180 degrés de la société de gestion d'actifs sur son engagement climatique. C'était encore un "hoax" diffusé par un groupe d'activistes. En septembre 2021, un faux communiqué prêtant à la chaîne de supermarchés Walmart l'intention d'accepter la cryptomonnaie Litecoin avait provoqué une envolée spéculative. Les exemples sont nombreux, et on peut imaginer que ce type de procédé a de beaux jours devant lui, pour nourrir de nouveaux types de fraudes.
La blockchain comme parade
Face à cette tentative de piratage de la communication des entreprises, il existe des parades. Grâce à la technologie blockchain, la pépite française Wiztrust certifie la communication de grands groupes français comme Renault, Axa, L'Oreal ou Valeo. L'agence de presse AFP propose aussi depuis peu gratuitement, via le service Media Connect, de vérifier (là encore grâce à la blockchain) qu’un communiqué émane bien d’un diffuseur et non d’un usurpateur. Mais la technologie ultime face aux menaces les plus grossières, c'est peut être la prudence et le bon sens : ne pas relayer un message qui semble trop "beau", trop "gros" pour être vrai, ou qu'on aimerait être vrai - le fameux biais de confirmation. Prudence, plus que jamais, pour les journalistes... comme pour tous les citoyens, particulièrement en période pré-électorale.



