L’exécutif a enfin trouvé sa perle rare. Le député LREM Bruno Bonnell, précurseur dans les jeux vidéo avec sa société Infogrames et dans la robotique, a été nommé secrétaire général de France 2030 à l’issue du Conseil des ministres du mercredi 26 janvier. Il aura la charge de piloter la mise en œuvre opérationnelle du plan d’investissement de 34 milliards d’euros dévoilé en octobre par Emmanuel Macron, pièce maîtresse de la stratégie de réindustrialisation que veut impulser l’exécutif.
Sous la tutelle de Matignon, le nouveau secrétaire général de France 2030 dispose de prérogatives larges. A côté de ce vaste programme, il va aussi assurer le suivi du programme des investissements d’avenir (PIA), en remplacement de Guillaume Boudy, qui exerçait depuis quatre ans la fonction de secrétaire général aux investissements d’avenir. L’exécutif a préféré regrouper les deux fonctions afin de ne pas créer une nouvelle structure de pilotage et simplifier la gouvernance.
Mélanger les cultures
Pour insuffler « un esprit commando » à France 2030, le gouvernement était à la recherche d’un « profil plus en rupture, qui vienne du monde de l’investissement ou de la recherche etqui sache ce qu’il faut faire pour faire advenir dans un écosystème français ces projets de rupture ». Un comité de sélection avait été mis en place fin 2021, pour établir une short list de candidats, par la secrétaire générale du gouvernement Claire Landais, Patricia Barbizet, l’ancien commissaire à l’investissement René Ricol, le directeur de l’Agence de l’innovation de défense Emmanuel Chiva et le patron du fonds d’investissement Elaia, Xavier Lazarus.
« À mon sens, la personne chargée des plans d’investissement futurs ne pourrait avoir accompli l’ensemble de sa carrière dans le secteur privé », avait mis en garde Christian Charpy, le président de la première chambre de la Cour des comptes, lors de son audition devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale le 12 janvier 2022. « Il faut un mélange entre une culture des résultats, que l’on retrouve dans le secteur concurrentiel, et une culture du secteur public pour gérer les ministères. »
De la robotique à l'industrie du futur
Soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, Bruno Bonnell siège depuis 2017 à l’Assemblée nationale sur les bancs de la majorité LREM en tant que député du Rhône. Il avait annoncé ne pas vouloir se représenter en 2022. « Bruno s’est lancé en politique dans l’intérêt de renouveler cette classe, adhérant au projet d'Emmanuel Macron de faire rentrer dans l’Hémicycle des gens qui ne sortent pas de Sciences Po ou de l’ENA », confie à L'Usine Nouvelle Catherine Simon, l'une de ses collaboratrices parlementaires, qui le connaît depuis plus de 30 ans.
Connu comme un entrepreneur visionnaire et charismatique, ce natif d'Algérie arrivé à Villeurbanne à l'âge de 8 ans a créé, après un rapide passage chez Thomson, sa première société en 1983 : l'éditeur de logiciels Infogrames, rapidement devenu un fleuron français du jeu vidéo. Mais la société n'a pas survécu à la bulle d'internet et à ses problèmes de trésorerie. Bruno Bonnell en perd la présidence en 2008.
Le chimiste de formation avait déjà préparé l'après, en rachetant en 2006 la boutique lyonnaise Robopolis, devenue l'un des plus grands distributeurs européens de robots domestiques, et notamment des automates aspirateurs de l'américain i-Robot, qui le rachète en 2017. L'investissement dans la robotique de Bruno Bonnell perdure : il fonde la société de conseil en robotique Awabot en 2011 et publie, en 2019, le premier rapport parlementaire sur le sujet, dans lequel il propose une série d'actions pour aider les entreprises robotiques, les intégrateurs et permettre à la France de rattraper son retard en matière de robotique industrielle. Il faudra attendre deux ans et la création par Bercy de la filière Industrie du futur pour qu'une partie de ce travail soit repris.
Une gouvernance à finaliser
Dans son nouveau rôle, sa tâche s’annonce complexe. France 2030 ambitionne de projeter l’industrie française à dix ans, en soutenant l’investissement dans les filières d’avenir avec l’objectif de faire émerger de nouveaux champions industriels. Pour y parvenir, il va falloir concrètement réussir à faire davantage dialoguer entre eux la recherche publique et les grandes entreprises, réussir à créer des liens entre start-up et grands groupes. Des enjeux identifiés depuis plusieurs années, mais sur lesquels la France peine à progresser.
L’exécutif entend aussi faire en sorte que la moitié des financements aille à des acteurs émergents, afin d’éviter que les grands groupes ne s’accaparent les financements publics au détriment de start-up souvent plus innovantes. Alors que les premiers appels à projets sont déjà lancés, sur la robotique, le financement de capacités de raffinage et de recyclage des métaux stratégiques ou sur l’automobile, le gouvernement n’a toujours pas finalisé la structure de gouvernance de France 2030.
Lors de ses vœux, début janvier, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a vertement critiqué les propositions reçues par l’administration de Bercy, les jugeant démodées et pas au niveau des enjeux. Il craignait la création d’une structure trop technocratique et pas assez innovante, qui ne permette pas de penser différemment. Le ministre de l’Economie souhaitait se donner du temps avant de transmettre ses propositions à Matignon et l’Elysée pour revoir la copie. A moins de deux mois et demi de l’élection présidentielle, les arbitrages vont devoir s’accélérer pour trouver la formule parfaite.
Solène Davesne et Marion Garreau



