Le CNRS est à la pointe de la science… et de la bonne gestion financière. Presque trop, s'étonne la Cour des comptes, qui d'habitude fustige plutôt des dépenses immodérées. Elle constate, dans un rapport publié le mardi 25 mars, un surplus de trésorerie de 1,4 milliard d’euros à fin 2023 dans les comptes de l'institution scientifique - soit trois fois plus qu'en 2013. Une somme coquette au regard des 4 milliards d’euros de budget annuel du plus grand organisme de recherche public français.
Ce joli matelas provient principalement d’une envolée des revenus gagnés en propre par l’organisme public – hors subventions directes de l’Etat. «Nous avons observé une hausse considérable des revenus issus d’appels à projets nationaux et européens, ainsi que de l’augmentation de la facturation de plateformes technologiques», précise un magistrat de la Cour des comptes. L'exploitation de brevets ou la vente de publications ont eu, elles, un poids plus marginal.
Le CNRS génère d’importants revenus, et c'est une bonne nouvelle… Sauf qu’il peine à les dépenser. Principale cause : la trésorerie est le plus souvent gérée au niveau de chaque équipe de recherche. Celles-ci ignorent l’ensemble des ressources financières disponibles dans leur domaine, ce qui freine la décision d’achats pour les matériels les plus onéreux. «Dans la biologie, par exemple, la nouvelle génération de microscopes cryogéniques coûte entre 3 et 4 millions d’euros pièce. Avec les financements budgétaires classiques, un chercheur peut difficilement acquérir de tels équipements. Mais s'il se joignait à d’autres laboratoires, il pourrait le faire», résume un membre de la Cour des comptes.
Plan d’investissement sur 10 ans
Les magistrats proposent le lancement d’un vaste plan d’investissement à 10 ans fléché par les instituts vers les matériels de recherche les plus importants. Pour orchestrer la dépense des équipes de recherche, la Cour des comptes propose la création d’un comité stratégique, chargé de fixer les grands caps de gestion du mastodonte - deuxième opérateur de l’Etat derrière France Travail, avec 34000 agents.
Un véritable enjeu d’attractivité : la plupart des domaines de recherche couverts par le CNRS sont de plus en plus gourmands en instruments de pointe, eux-mêmes de plus en plus chers. «Le sujet n'est pas seulement la rémunération des chercheurs, mais leurs conditions de travail», pointe un magistrat.
L'institution doit toutefois agir vite. Les candidatures de chercheurs ont déjà fondu de 36% en 10 ans – pour une réduction des offres de postes de 18%. En parallèle, près d’un tiers des chercheurs titulaires ont plus de 55 ans, laissant planer une sérieuse menace de perte de compétences dans la prochaine décennie.
Avec de telles ressources financières, les idées, pourtant, fleurissent. Parmi les pistes évoquées par la Cour des comptes : valorisation des salaires des chercheurs les plus investis dans les cours de recherche, augmentation des capacités de recrutement de contractuels, proposition d’offres groupées pour les jeunes chercheurs – encore peu reconnus -, en les dotant de moyens financiers et matériels. «Ce rapport conforte les grandes orientations en cours et appuiera l'engagement de nouvelles actions dès 2025», a indiqué, par courrier, Antoine Petit, PDG du CNRS. De son côté, en plein serrage de vis budgétaire, le gouvernement a réduit de 100 millions d’euros la dotation du CNRS dans son budget 2025.



