Emmanuel Macron veut tout faire pour réconcilier les start-up et l’industrie. Ce leitmotiv a largement sous-tendu la présentation du plan d’investissement France 2030 faite par le président de la République mardi 12 octobre depuis l’Elysée. Parmi la flopée d’objectifs annoncés, le chef de l’Etat a déclaré vouloir parvenir à la création d’«au moins 100 sites industriels par an» à l’horizon 2030 grâce aux deeptechs, ces start-up portant des innovations de rupture. Au total, 5 milliards d’euros de crédits nouveaux leur seront alloués sur cinq ans. Et de nouveaux outils de financement vont apparaître.
«C’est un grand défi», reconnaît Nicolas Dufourcq, auprès de L’Usine Nouvelle. Le directeur général de Bpifrance indique avoir proposé cet objectif. Pour l’atteindre, Emmanuel Macron a chargé la banque publique de mettre en oeuvre une «stratégie d’investissement en capital» dans la deeptech et les start-up industrielles.
«Pas de révolution industrielle sans révolution du capital»
Cette stratégie devra répondre à un problème majeur : le manque d’offre de fonds propres pour le financement de la phase d’industrialisation des innovations de rupture, en particulier au stade du démonstrateur. «Un point sur lequel nous sommes en difficulté […] parce qu’on n’a pas encore suffisamment d’investisseurs en France», a regretté Emmanuel Macron. Le sujet est d’autant plus crucial que la création d’emplois dans le pays en dépend.
Pour le président, ce programme pour les start-up industrielles s’inscrit dans la lignée des mesures déjà prises pour favoriser l’investissement en capital en France. «Il n’y a[ura] pas de révolution industrielle ni de France 2030 si on n’arrive pas à mener cette révolution du capital», a-t-il estimé. Le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital de 2018 et l’initiative "Tibi" – une mobilisation d’investisseurs institutionnels destinée à soutenir le développement late stage de start-up en France – font partie de ces mesures. En juin, le gouvernement avait d’ailleurs rehaussé à 30 milliards d’euros l’objectif de levée totale par les fonds labellisés Tibi d’ici fin 2022, par rapport aux 20 milliards attendus initialement.
Un fonds national de venture industriel
Bpifrance figure déjà parmi les investisseurs institutionnels de l’initiative Tibi. Sur les 5 milliards d’euros annoncés par Emmanuel Macron, une «poche» de 2 milliards viendra ainsi accroître la contribution de l’Etat «pour faire du capital-croissance late stage» (autrement dit : à des stades plus tardifs de développement) via les fonds dédiés de Bpifrance et des fonds privés Tibi, précise Nicolas Dufourcq.
Les 3 milliards d’euros restants seront ventilés en trois parties. Un premier milliard sera versé par Bpifrance sous la forme de subventions à l’industrialisation. «Ce seront des bourses d’industrialisation et des avances remboursables», explique Nicolas Dufourcq. Il y aura en tous cas des appels à projets pour de premières usines. Le détail de ces produits de subvention doit encore être précisé dans les semaines à venir.
Le patron de Bpifrance annonce en outre la création d’un «fonds national de venture industriel» pour dynamiser l'écosystème de fonds de capital-risque industriel, sur le modèle du Fonds national d’amorçage. Ce fonds de fonds d’un milliard d’euros visera à financer des démonstrateurs, des lignes pilotes et donc le démarrage de l’industrialisation.
Le fonds SPI reconduit, avec des tickets plus petits
Enfin, le fonds SPI 2 verra bien le jour, comme pressenti depuis plusieurs semaines. «Le rechargement du fonds SPI est confirmé. Il sera l'outil d'investissement en direct de Bpifrance», indique Nicolas Dufourcq. Intervenant directement au capital des start-up ou via des sociétés de projets au stade de la première usine, ce fonds sera également doté d’un milliard d’euros, plus que les 800 millions actuels. Un tel dimensionnement avait fait l’objet d’une recommandation de la haute administration de Bercy dans un rapport remis au gouvernement début septembre.
Le rapport préconisait aussi d’abaisser le ticket minimum du fonds SPI de dix à cinq millions d’euros en vue de financer des petites usines jusqu’ici inéligibles. Là encore, la haute administration de Bercy semble avoir été entendue. «Le fonds SPI démarrera avec des tickets plus petits. On pourra descendre sous les 10 millions d’euros», assure Nicolas Dufourcq. Reste à fixer définitivement ce minimum.



