Ynsect, le spécialiste des protéines d’insectes construit sa deuxième usine. Celle de son concurrent InnovaFeed fonctionne depuis l’automne. A Grenoble, Aledia prévoit de créer 500 emplois d’ici quatre ans dans son site de production de LED nouvelle génération. Fini le temps où les start-up étaient cantonnées au numérique et où la frontière avec les entreprises de la vieille économie était bien nette. Sur les 15 000 start-up françaises, 1300 sont dans le domaine industriel pointe Bpifrance. Dont 500 start-up de la deep-tech, positionnées sur des innovations de rupture. «La reconquête industrielle va passer par les industries classiques mais aussi par ces start-up», pointe Paul-François Fournier, le directeur innovation de Bpifrance, «la différence de culture et de modèle économique disparaît. Elles ont des problématiques similaires sur l’industrialisation, les compétences, la propriété intellectuelle ».
France Industrie s'ouvre aux start-up
D’où la nécessité de faire travailler davantage ensemble ces champions de demain et ceux d’aujourd’hui. «Ces petites graines ont souvent besoin d’être hybridées par des grandes entreprises et des PME», confirme Vincent Moulin Wrigth, le directeur général du lobby de l’industrie France Industrie, qui a déjà identifié entre 5 et 10 projets de sites industriels en germe dans la deep tech. «Les industriels qui ont des usines depuis des décennies peuvent être des moteurs de l’industrialisation de ces deep tech, soit par des commandes, soit en lançant des usines conjointes. Mais pour le moment, il y a encore peu de partenariats vraiment structurés», reconnaît le directeur général de France industrie.
Pour s’ouvrir davantage, le lobby vient de se doter d’un club « tech factory », qui regroupe 18 patrons de start-up donc ceux des greentech McPhy et Carbiolice, du spatial Exotrail et de la medtech Anamnèse, afin d’identifier les points de frictions à lever. 26 grandes entreprises industrielles, parmi lesquelles Naval Group, Airbus, Saint-Gobain, Siemens et Orano, ont signé un manifeste s’engageant à instaurer un contact dédié aux start-up en interne. Les industriels ont aussi élaboré un mémorandum reprenant les bonnes pratiques en matière de compétences, de propriété intellectuelle pour fluidifier les collaborations entre start-up et entreprises traditionnelles.
Une plateforme de mise en relation
Bpifrance vient par ailleurs de lancer une nouvelle plateforme baptisée « Tech in fab », listant 1000 start-up, répertoriées selon les besoins des entreprises. «Le tissu d’entreprises de la tech est devenu suffisamment mature pour apporter des solutions aux entreprises industrielles», souligne Paul-François Fournier. Avec des effets gagnant-gagnant. La mobilisation des fonds du plan de relance en faveur de la digitalisation a accéléré les investissements dans l’usine du futur. «C’est souvent plus compliqué de se faire connaître dans les PME ou les ETI. Les grands groupes ont des équipes pour identifier des solutions innovantes», pointe Morgane Guinot, la PDG de Mobility work, qui emploie une trentaine de salariés. Depuis quatre ans, la start-up travaille avec Setforge, spécialiste de la fabrication de pièces critiques en métal pour optimiser la gestion de la maintenance d’une de ses usines. Ce qui lui a permis de gagner 20 minutes par opération, soit 15 000 heures par an. «Travailler avec une start-up nous a apporté la réactivité par rapport à nos besoins», pointe Raphael Barnouin, le responsable de la communication du groupe. Setforge s’est doté d’un « lab » interne où il teste des systèmes, des capteurs et autres lunettes connectées avant de les intégrer dans ses process. Sa collaboration avec les start-up n’est pas prête d’être terminée.



