[La France du numérique] Dans les Hauts-de-France, les acteurs gardent le cap

On poursuit notre tour de France de la French Tech avec les start-up de la région Hauts-de-France.

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Les start-up des Hauts-de-France sont impliquées dans la lutte contre le Covid-19.

Grâce à la réactivité des partenaires financiers, des incubateurs et des associations, les entreprises numériques régionales ont résisté à la crise sanitaire. Des start-up ont développé des solutions liées à la crise et concrétisé de nouveaux marchés. "Si certaines entreprises ont cessé leur activité à la sortie du confinement, c’est qu’elles étaient déjà dans en situation difficile", assure Mongi Zidi, le président de la French tech Hauts-de-France.

Afin d’éviter l’isolement des chefs d’entreprise, l’écosystème s’est organisé, via des webinaires et des comités de soutien, notamment pour apporter une aide juridique aux start-up.

Innobiochips et GD Biotech : dépistent le CoViD-19

Implanté à Loos (Nord), Innobiochips (12 salariés, 1 million d’euros de chiffre d’affaires) est spécialisé dans le développement d’outils de diagnostic. Spin-off du groupe Gènes Diffusion installée à Douai (Nord), GD Biotech est un acteur majeur de la sélection génétique et de la reproduction animale. Associés depuis 2017, tous deux ont mis au point CoViDiag, un test de dépistage qui caractérise le statut immunitaire d’un patient vis-à-vis de plusieurs antigènes du virus SARS-CoV-2 à l’origine du Covid-19. Innobiochips dispose d’une capacité de production de 25 000 tests par jour. Capable de tester une centaine d’échantillons en deux heures, CoViDiag vient d’être soutenu financièrement par la Direction générale des armées.

Whispeak : sécurise la biométrie vocale

Lauréate de la sixième édition du concours French IoT dans la catégorie deep-tech, Whispeak conçoit des applications vocales adaptées à des cas d’usage unique : login par la voix, sécurisation de transactions multifacteurs, authentification en centre d’appels, sécurisation des interactions vocales (télécommunications, commandes vocales, objets connectés), émargement et contrôle vocal d’assiduité dans l’éducation... Avec les mesures de distanciation, la start-up lilloise intéresse les investisseurs. Elle vient de réaliser une première levée de fonds d’un montant de 560 000 euros.

NeoLedge : dématérialise les services centraux de la Tunisie

Avec des bureaux à New York, Montréal et Tunis, la start-up lilloise NeoLedge a réalisé son plus gros contrat pendant la crise sanitaire. "Le Covid-19 a été un coup d’accélérateur, précise la direction. Le marché avait été conclu auparavant, en 2016, mais les choses traînaient. La pandémie a révélé la nécessité de nos solutions." Avec 70 collaborateurs et 6 millions d’euros de chiffre d’affaires, NeoLedge a dématérialisé tous les services de l’État tunisien et assuré l’interconnexion entre les ministères. L’éditeur propose des solutions de gestion électronique de documents, de traitement des requêtes citoyennes, de traitement du courrier et d’automatisation des processus métiers.

Sigo : développe son manège à innovations en santé

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À Amiens (Somme), Sigo Healthcare réunit créatifs, professionnels de santé et experts du numérique autour de projets d’innovations thérapeutiques ludiques. Il concilie utilité sociale et activité économique en mettant au point des solutions pour personnes âgées atteintes d’Alzheimer et une autre pour enfants hospitalisés commercialée en 2021. L’entreprise a été affectée par le confinement et la crise sanitaire. "Les Ehpad représentent une large part de notre chiffre d’affaires. Dès la mi-février, nous avons reporté des rendez-vous prévus avec des établissements intéressés par notre dispositif, un simulateur de voyage en train, témoigne Jean-Christophe Froment, son fondateur. La crise a frappé les maisons de retraite de plein fouet. Leurs financements ont été redirigés vers l’achat de masques, surblouses et autres matériel sanitaire. Aujourd’hui, les contacts reprennent progressivement."

Posos : mise sur l’iA en blouse blanche

Posos a mis au point un outil d’aide à la prescription qui simplifie la pratique des médecins, pharmaciens et infirmiers. Sur fond d’intelligence artificielle, les professionnels de santé peuvent poser des questions sur les médicaments depuis leur ordinateur ou leur smartphone. Posos transforme la masse de données, issues de multiples sources d’informations, en réponses concrètes sur la prise en charge thérapeutique. À chaque question posée, plusieurs réponses sont apportées. C’est cette pluralité de réponses qui fait de l’outil une aide à la décision pertinente, ce qui s’est confirmé durant la crise sanitaire. "Nous avons été moins affectés par la crise que la plupart des autres entreprises, même si nos projets B to B ont été retardés. Le prêt garanti par l’État permet de compenser ces pertes. Nos activités de R & D et de développement du produit ont continué normalement. La tendance est favorable aux produits numériques comme le nôtre. Nous ferons le bilan dans six mois", précise Emmanuel Bilbault, le président de la start-up amiénoise composée de 16 salariés.

Lattice Medical : crée une bioprothèse implantable

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Lattice Medical développe depuis 2017 une bioprothèse implantable, Mattisse, qui permet une reconstruction mammaire naturelle, "par régénération de tissus adipeux autologues, explique Julien Payen, son cofondateur. Les coûts de traitement sont réduits et l’implant 3D, en matériau de grade médical, est résorbable". La société s’est installée récemment dans les locaux de l’entreprise Cousin Biotech, à Wervicq-Sud (Nord), et vient de publier un article scientifique dans le journal "Nature Research". Elle y justifie notamment la conception de chambres d’ingénierie tissulaire biorésorbables imprimables en 3D pour favoriser la croissance du tissu adipeux.

BeSmart-edu : a fait ses preuves pendant le confinement

Grâce à des tablettes connectées et à un système de visioconférence interactif développé en interne, BeSmart-edu digitalise l’apprentissage des sciences, de la cinquième au niveau bac +4. Créée en 2018 au sein de la pépinière du Septentrion à Amiens (Somme), la start-up répond au constat de l’inégale répartition des richesses éducatives. "La crise sanitaire a été une opportunité de fournir un enseignement de qualité aux jeunes hors des métropoles, vivant à l’international et dans l’incapacité physique de suivre des cours, assure Daniella Tchana, sa cofondatrice et directrice générale. Cette période nous a permis de renforcer notre crédibilité. Nous avons réalisé la première édition à distance des Olympiades féminines de mathématiques. Les finalistes ont rédigé en épreuve finale un sujet de quatre heures et demie grâce à nos cahiers numériques et à notre système de classe virtuelle. Le prêt garanti par l’État a été utile pour assurer un peu de trésorerie et maintenir nos 15 emplois. Mais nous avons reporté notre projet d’embauches, ne sachant pas vraiment ce qui nous attend encore."

À Amiens, des incubateurs accélérateurs de talents 

"Dès l’annonce du confinement, nous avons mis en ligne tous nos contenus, précise Raouti Chehih, le président d’Euratechnologies, à Lille (Nord), le plus gros incubateur d’Europe. Le Covid-19 a été un accélérateur d’adaptation pour les entreprises." L’incubateur a organisé 160 workshops autour de la trésorerie, des plans de poursuite d’activité et des levées de fonds. Sur 360 entreprises du campus, il n’y a pas eu de défaillances. Les prêts garantis par l’État (PGE), la prise en charge du chômage partiel et les aides de la Métropole européenne de Lille ont permis de passer le cap. Pour Raouti Chehih, cette crise pousse à repenser les modèles : "Les outils digitaux utilisés pendant la crise sont essentiellement américains, regrette-t-il. Nous sommes trop dépendants de technologies tierces alors que nous avons des connaissances et des solutions à proposer." Cent vingt projets, dont 42 en deep-tech, viennent d’être incubés. "Nous avons profité du confinement pour travailler sur nos réseaux et nos partenariats, à Lille notamment ", affirme, de son côté, Éric Dadian, le président d’Amiens Cluster. Lancé par Amiens Métropole, le cluster ADN (pour Amiens développement numérique) se consacre aux thématiques qui traitent d’intelligence artificielle et d’expérience client, mais aussi de numérique et santé.

 

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