Entretien

La fin des ingrédients chimiques dans la cosmétique? "Une vraie mutation des métiers"

Pour Christophe Masson, le directeur général de Cosmetic Valley, la demande de naturalité est une vraie opportunité pour l’innovation.

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Christophe Masson est le directeur général du pôle de compétitivité Cosmetic Valley.

L'Usine Nouvelle - Que signifie cette dynamique pour la naturalité ?

Christophe Masson - Ce n’est pas un effet de mode, c’est une lame de fond. La cosmétique et la nature sont liées. Depuis l’Antiquité, on utilise des recettes issues de la biodiversité locale pour protéger sa peau. Au xxe siècle, le secteur s’est professionnalisé, avec la nécessité de davantage de sécurité pour le consommateur. Car une plante peut être dangereuse. De nombreuses substances chimiques ont été développées pour obtenir des produits sûrs et performants, encadrés par des réglementations. Mais la cosmétique a toujours gardé une part significative de naturalité.

Aujourd’hui, sous la pression du consommateur, on constate une vraie mutation des métiers et des savoir-faire. Notre industrie essaie de remplacer les derniers ingrédients chimiques. C’est un formidable levier économique. On voit ré-émerger des filières courtes, on a recréé des filières naturelles. On essaie de trouver des méthodes de production plus durables, comme la chimie verte et la phytochimie, c’est-à-dire l’extraction végétale, mais aussi les biotechnologies, qui se développent très fortement.

Peut-on tout remplacer par du naturel ?

Un certain nombre d’ingrédients chimiques ont des vertus sensorielles que l’on a du mal à remplacer. La nature n’offre pas toujours des molécules qui donnent les mêmes caractéristiques aux produits. La naturalité est un sujet d’innovation et d’investissement. Je ne sais pas si tout est remplaçable par du naturel, mais tout est travaillé comme tel.

Quels types d’ingrédients posent le plus de défis ?

Plusieurs molécules ont été interdites ou sont en passe de l’être, et certaines, même si elles sont autorisées, sont boycottées par les consommateurs. Du coup, notre industrie s’interdit elle-même certains ingrédients. C’est le cas des conservateurs qui souffrent d’une mauvaise image. Là, c’est un enjeu de santé publique, car la sécurité des produits passe par leur conservation. Notre industrie doit repenser la manière dont elle sécurise ses produits. Des solutions émergent dans la formulation et le packaging pour faciliter la conservation et limiter voire se passer de l’usage de conservateurs. Pour optimiser des formules et les rendre moins sensibles aux microbes, il y a des paramètres physico-chimiques que l’on peut ajuster, et derrière des solutions de packaging. Quand on met le doigt dans une crème, on la contamine. Les innovations actuelles, c’est du packaging air less, sans contact. Le produit est isolé dans le pack et on ne le contamine pas à l’usage. C’est un exemple. Les pigments naturels sont aussi un grand enjeu technologique. On sait les obtenir, mais comment les rendre stables ?

Ce qui pousse forcément l’innovation ?

Oui. Cette attente du consommateur fait travailler notre industrie sur de nouveaux produits, de nouveaux process et savoir-faire. On investit, on innove et on se différencie sur les marchés. On voit fleurir des sociétés de biotech, de valorisation du végétal. Et les entreprises chimiques évoluent vers des savoir-faire dans les biotechs et la naturalité, par croissance externe ou interne, c’est un phénomène global.

La tendance n’est pas uniquement française ?

Non, mais pour les notions d’éco-responsabilité, de RSE, la France est en avance. On a une plus-value là-dessus. Nous sommes aussi encadrés par les contraintes réglementaires les plus exigeantes au monde. C’est une bonne chose, car on se positionne ainsi comme référence.

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