Relocaliser tous les médicaments essentiels en Europe est impossible. Économiquement et industriellement, vu le nombre de produits autorisés sur ce marché. Rien qu’en France, ils représentent plus de 13000 références. Reste que depuis la crise du Covid, l’Union européenne s’est mobilisée pour renforcer sa souveraineté sanitaire. En 2021, elle a créé l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (Hera) pour faire face à toute nouvelle pandémie. L’an passé, elle a conclu des accords pour réserver des capacités opérationnelles de vaccins en Irlande et en Belgique (Pfizer), aux Pays-Bas (Bilthoven Biologicals), en Espagne (Laboratorios Hipra, CZ Vaccines, Laboratorio Reig Jofre).
L’Hera travaille aussi sur la lutte contre les pénuries et devra organiser l’Alliance pour les médicaments critiques, qui doit livrer cette année des recommandations pour «améliorer la résilience de la supply chain, moderniser et soutenir l’innovation dans les capacités de production de médicaments essentiels au sein de l’UE», précise un porte-parole de la Commission européenne. Une première liste de 200 principes actifs essentiels dans l’UE a été définie en décembre 2023.
36% des sites mondiaux en Europe
Mais il n’y a pas encore de coordination pour la relocalisation. L’Europe ne part pas de zéro. Selon un rapport du Parlement européen sur les mesures potentielles de facilitation de la production de principes actifs, publié en mars 2023, 554 principes actifs sont produits sur 440 sites (dont 43 en France), soit 36% des sites mondiaux, quand l’Asie en détient 55%. En vingt ans, ces proportions ont été inversées... Le rapport liste différents moyens pour financer les relocalisations : aide des États aux industriels, partenariats avec des chimistes locaux pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières, allègement des taxes, soutiens publics pour des productions à l’empreinte environnementale réduite. Tout en constatant que sur le terrain, la relocalisation «n’est pas encore une pratique commune» et que les rares projets en cours avancent grâce au «soutien financier des gouvernements».
Parmi eux, Seqens, qui a lancé la construction d’une usine à Roussillon (Isère) pour produire à nouveau du paracétamol en France. Un investissement de 100 millions d’euros financé de 30 à 40% par des aides publiques. Sa capacité de production sera de 15000 tonnes par an dès 2025, soit la moitié des besoins annuels de l’UE.
De son côté, EuroAPI (séparé de Sanofi en 2022), soutenu par Bpifrance (qui détient 12% du capital) et par des aides publiques, augmente ses capacités de vitamine B12 à Elbeuf (Seine-Maritime), seul site de ce type en Europe. Autre exemple, le projet du laboratoire suisse Sandoz en Autriche, représentant 200 millions d’euros, dont 50 millions financés par le gouvernement autrichien, pour muscler ses capacités d’amoxicilline, antibiotique victime de tensions récurrentes en Europe. Lors de l’inauguration, en mars dernier, Richard Saynor, son directeur général, soulignait qu’il s’agissait «d’un investissement en ligne avec l’UE». Car si l’Europe ne finance pas ces projets, elle autorise des aides publiques d’envergure.
D’autres initiatives de relocalisation portées par des États et des industriels avec la bienveillance européenne pourraient aussi émerger du Piiec Santé, mis en place en mars 2022. S’il n’est pas encore approuvé par la Commission européenne, celui-ci est «bien lancé», avec de multiples projets issus de «huit États membres dont la France qui en a pré-notifié trois», indique le ministère de l’Économie français. Là encore, si l’UE n’intervient pas financièrement, elle contribue à la concrétisation. Demeurant, pour le moment, davantage un catalyseur qu’un moteur. #

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3730 - Mai 2024



