Thierry Breton l’a annoncé en mars : un pass sanitaire européen sera disponible dès le 15 juin. Plutôt fin juin, estime désormais la Commission européenne. En format papier ou numérique, ce justificatif permettra de certifier une vaccination, un test PCR négatif ou une immunité issue d’une infection antérieure. Surtout, le document sera harmonisé au niveau européen. Un défi, tant les protocoles varient d’un pays à l’autre, sur lequel est mobilisé un consortium rassemblant PwC, Ipsos, la start-up bordelaise Syadem, l’expert de la R&D français Cimbiose et l’ETI mayennaise Jouve.
Le groupe de travail devra rendre ses conclusions avant le mois de juin. "L’Union européenne va fournir un cahier des charges et un protocole pour que le pass sanitaire soit unifié entre les pays et que toutes les applications européennes fonctionnent entre elles", présente Thibault Lanxade, PDG de Jouve, qui mène le projet.
S’adapter aux spécificités nationales
Cet impératif d’interopérabilité soulève de nombreuses questions : les documents doivent-ils être stockés dans une base de données ou sur l’appareil du citoyen ? Comment gérer un vaccin qui n’est pas reconnu en Europe, comme le sérum chinois ? Comment gérer les différentes langues et systèmes de gestion nationaux ?
"Lorsque quelqu’un se fait tester en France, les résultats sont remontés sur le portail numérique SI-DEP, mais dans d’autres pays, comme en Pologne, il n’y a pas de portail : tout se fait sur papier", illustre le PDG de l’ETI centenaire, anciennement spécialisée dans l’imprimerie et reconvertie depuis trois ans dans la data et les usages numériques, notamment à destination des établissements de santé, du secteur public et des banques.
Le protocole européen doit alors permettre, dans certains pays, de photographier une pièce d’identité et une attestation de test ou de vaccin avec un smartphone. "Là, l’application vérifie l’identité, valide le document et délivre, ou non, une autorisation, présente Thibault Lanxade. En France, le système fonctionne déjà très bien : une application pourra extraire une preuve de test ou de vaccin sans demander une nouvelle authentification, car le résultat sera déjà certifié." Ainsi, les différentes applications – qu’elles soient développées par un pays ou une compagnie aérienne, par exemple – pourront avoir leurs spécificités. "Le système français permet une ouverture sur la technologie blockchain, qui pourrait se connecter à SI-DEP, affirme Thibault Lanxade. Ce n’est pas forcément le cas d’autres pays : cette marge de manœuvre est prise en compte dans notre cahier des charges."
Une fois ces problématiques intra-européennes résolues, le consortium devra s’attaquer à la question des ressortissants européens résidant en dehors de l’Union… Et à celle des touristes étrangers qui, eux aussi, auront à faire valoir une immunité pour se déplacer sur les territoires européens. Restera ensuite à envisager l'interopérabilité avec les autres pays et zones de libre-échange exigeant un tel certificat, pour permettre aux Européens de voyager vers l'Asie et les Etats-Unis par exemple.



