Pendant que Spot, le chien-robot de Boston Dynamics, met le feu au dancefloor sur la musique du groupe coréen BTS, celui développé par Ghost Robotics apprend à tirer. Spécialisée dans les robots militaires, l'entreprise américaine a récemment dévoilé sa dernière innovation létale à l'occasion de la convention de l'Association de l'US Army : une machine quadrupède dotée d'un fusil d'assaut MK-17 Mod 1 de calibre 6,5 mm.
Digne de Black Mirror
Baptisé Spur (Special Purpose Unmanned Rifle), l'engin serait capable d'atteindre une cible à 1200 mètres de distance et conserverait une précision importante lorsqu'il se déplace, grâce à la stabilité conférée par ses quatre pattes. Il serait fonctionnel de jour comme de nuit et son revêtement en céramique le rendrait particulièrement discret. Ghost Robotics ne précise pas comment le fusil peut être rechargé, mais assure que le robot peut l'armer et le mettre en sécurité.
Pas d'indications en revanche sur le degré d'autonomie de cette machine. Un paramètre pourtant crucial, car il s'agit de savoir si les tirs seront nécessairement pilotés à distance par un opérateur ou si ces robots-chiens pourront eux-mêmes prendre la décision de tuer. Une perspective effrayante qui évoque immanquablement des univers dystopiques comme celui imaginé par les créateurs de la série Black Mirror dans l'épisode Metalhead.
De vifs débats
Depuis plusieurs années déjà, les systèmes d’armes létaux autonomes (SALA) ne sont plus l'apanage de la fiction. En 2015, de nombreux chercheurs en intelligence artificielle et des personnalités de premier plan, telles que Stephen Hawking, Noam Chomsky ou Elon Musk, ont même signé un appel pour les faire interdire. En France, le comité d'éthique du ministère des Armées s'est prononcé contre leur utilisation en avril, mais a en revanche autorisé les systèmes d'armes létaux intégrant de l'autonomie (SALIA). Une différence pas seulement sémantique, mais capitale au niveau de l'éthique.
Ghost Robotics n'a pas non plus indiqué si des clients privés ou des armées étatiques avaient déjà manifesté leur intérêt pour Spur. Des nations déjà bien engagées dans la robotisation militaire, telles que les Etats-Unis, la Chine ou la Russie, pourraient sûrement être tentées de mettre la main sur cette technologie. Imaginée en 1942 par l'écrivain Isaac Asimov, la première loi de la robotique, qui dispose qu' « un robot ne peut porter atteinte à un être humain », semble définitivement oubliée.




