Une scène surréaliste, peut-être révélatrice de la guerre de demain, où le champ de bataille est livré aux robots. Sur un terrain d’entrainement de l’armée de terre à Versailles Satory (Yvelines), un robot fait face à trois autres de ses congénères également dotés de capacités de mobilité, soit sur roues, soit sur chenilles. Le premier, équipé de capteurs, a détecté l’intrus et donné l’alerte. Grâce à son large bouclier balistique, le second permet aux soldats de progresser dans son sillage vers l’intrus tout en étant protégé. Le troisième, sorte de mini-char sans pilote, a pris position et attend que les soldats activent à distance son canon pour neutraliser l’ennemi !
Des premières unités robotisées en 2025
La scène a été jouée grandeur nature par l’Armée de Terre le 10 juin à l’occasion d’une journée consacrée au lancement de Vulcain, son nouveau projet de vision stratégique qui fait largement appel à la robotique terrestre. "A ce stade, nous estimons que la mise en oeuvre des toutes premières unités pilotes au sein de chaque fonction opérationnelle peut être envisagée à partir de 2025" a précisé son chef d’état majeur, le général d'armée Thierry Burkhard. Les armées sont en pleine évaluation de ces technologies robotiques jugées comme une rupture potentielle, comme ont pu l’être la poudre à canon, le char, l’aviation, la numérisation…
Guittet Pascal (A l'occasion de la journée consacrée à la robotique militaire, Shark Robotics a présenté son robot porte-cible permettant l'entraînement des soldats dans des conditions proches de la réalité. Crédit photos: Pascal Guittet)

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Les industriels sont des partenaires à part entière du projet Vulcain. Dix-sept sociétés et instituts de recherche présentaient lors de cette journée leurs innovations dans le domaine de la robotique terrestre. La plupart appartiennent au GICAT, le groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres, qui a mis sur pied il y a un peu plus d’un an un groupe de travail dans ce domaine. Tous les profils de société sont représentés afin de monter une équipe industrielle diversifiée pour aider l’Armée de Terre dans sa stratégie de robotisation.
Le refus des robots tueurs
Parmi les grands maîtres d’œuvre industriels fournisseurs majeurs de l’armée de Terre, on retrouve Nexter, Safran, Thales... Mais seul le premier a présenté un robot doté d’une puissance de feu, l’Optio-X20. Son canon automatique de 20 mm et sa mitrailleuse de 7,62 mm sont capables de venir à bout des cibles les mieux protégées. La France refusant les robots tueurs, cette fonction n’est toutefois pas automatisée. La décision de tir appartient au soldat.
Guittet Pascal (Face à la grande variété des robots terrestres, les Armées comptent sur les instituts de recherche comme l'ONERA, l'Institut Saint-Louis ou encore l’Institut Vedecom pour les doter de mécanismes de reconnaissance de leur environnement et opérer en meute, voire en essaim. Crédit photos: Pascal Guittet).
Des start-up étaient également présentes comme Shark Robotics. Basée à la Rochelle (Charente Maritime), cette société composée de 40 salariés a d’abord conçu des robots pour aider les pompiers à éteindre des incendies mais élargit désormais son savoir-faire aux armées. Son robot Ares fait office de porte-cible mobile capable d’évoluer jusqu’à 7 km/h et de prendre trois positions différentes (débout, à genoux, couché). Les forces armées peuvent ainsi s’entraîner au tir dans des environnements réels plutôt que dans un champ dédié.
La PME Soframe, filiale du groupe Lohr, lui-même basé près de Strasbourg (Bas-Rhin), fournissait déjà des véhicules pour l’armée de Terre. Elle a cette fois présenté le modèle HE441, un véhicule-robot tout-terrain qui peut être autonome, téléopéré ou piloté et peut servir de mule increvable sur roues, capable de transporter une charge utile de 750 kg ou d'assurer des missions de reconnaissance. Le véhicule peut notamment avancer "en crabe" grâce à quatre roues motrices indépendantes.
Aux côté des industriels, des instituts de recherche apportent également leurs connaissances comme l’ONERA, l’Institut Saint-Louis ou encore l’Institut Vedecom, dédié à la mobilité individuelle, décarbonée et durable. Ils développent principalement des logiciels permettant aux robots de se déplacer de manière autonome et d’agir en meute, voire en essaim.
Eloigner le soldat du danger
Les militaires sont séduits par le potentiel de la robotique terrestre. Outre l’emport de charge, ces robots peuvent éloigner le soldat du danger. ECA Group a fait la démonstration de son robot IGUANA, équipé d’un bras articulé capable de manipuler un explosif sans exposer le démineur. Pour sa part, la société CNIM présentait THeMis, un véhicule sans conducteur qui ouvre les itinéraires des convois militaires. Une manière prometteuse de neutraliser les IED, ces engins explosifs improvisés, souvent enterrés le long des routes et qui se déclenchent au passage des véhicules. Ces IED ont causé la mort de nombreux soldats français au Mali.
Guittet Pascal (Le robot autonome THeMIS commercialisé par CNIM permet d'ouvrir l'itinéraire d'un convoi et de neutraliser les éventuels engins explosifs enterrés qui se déclenchent au passage des véhicules. Crédit photos: Pascal Guittet).
Avec l’appui de la DGA (Direction générale de l’armement) et de l’AID (l’Agence d’innovation de défense), les militaires doivent encore préciser leurs besoins opérationnels tandis que les industriels doivent éprouver leurs technologies (intelligence artificielle, connectivité). Le chemin est encore long avant de faire des robots de véritables partenaires fiables et robustes sur le champ de bataille. L’Armée de Terre espère disposer d’une véritable capacité robotique à l’horizon 2030-2040.



