Le développement durable a été le thème des dixièmes Rencontres de l’électronique imprimée qui se sont déroulés en présentiel, à Paris, le 9 septembre 2020. Le sujet s’impose avec la montée des préoccupations environnementales dans la société, le durcissement de la réglementation et la stratégie des industriels visant à jouer à fond la carte de l’écologie.
Vers des pièces complètes et intelligentes
"Il est loin le temps du premier circuit souple réalisé pour la commande d’une lampe LED, explique Michel Popovic, président de l’Afelim, l’association qui regroupe aujourd’hui 73 acteurs de l’électronique imprimée en France. Un nouvel horizon s’ouvre dans les pièces complètes et intelligentes. Cela nous amène à changer notre façon de penser. Nous avons besoin de plusieurs technologies et compétences pour réaliser ces pièces fonctionnelles, plus compactes et plus personnalisables. Nous sommes sur de nouveaux développements, qui vont au-delà de la fonction d’électronique souple seule. "
En électronique imprimée, le circuit est créé en déposant des encres conductrices et semi-conductrices directement par un procédé d’impression (jet d’encre, sérigraphie, flexographie, rotative…). Un mode de fabrication qui convient aussi bien à des substrats rigides comme le verre qu’à des substrats souples comme le plastique, les textiles ou le papier. Ce qui permet d'envisager la réalisation de circuits souples, moins chers et plus faciles à intégrer dans des pièces en 3D.

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Pas de chimie lourde
Cette technologie offre également l’avantage de s’affranchir de la chimie lourde utilisée pour la gravure des circuits dans l’électronique traditionnelle. C’est un atout écologique déterminant qui explique pourquoi Linxens s’intéresse à l’électronique imprimée pour la production de ses antennes souples de cartes à puce, dont il est le leader mondial.
"Nous parlons maintenant d’électronique fonctionnelle car l’électronique imprimée s’intègre dans des objets divers notamment pour des fonctions de contrôle et monitoring, note Christophe Serbutoviez, chef de service des composants et des surfaces fonctionnalisées au CEA-Liten, un laboratoire du CEA à Grenoble actif dans l’électronique imprimée avec 70 personnes sur le sujet. Ainsi elle peut améliorer la fiabilité et la durée de vie des objets."
C’est le sens du démonstrateur de pale d’éolienne intelligente réalisé conjointement par le CEA-Leti avec l’IPC, le centre technique industriel de la plasturgie et des composites. Un circuit d’électronique imprimé à jauges de contraintes est intégré dans les éléments composites pour fournir de précieuses informations sur les sollicitations dans les points névralgiques de la pale. Le but étant d’assurer une maintenance préventive, d’améliorer la fiabilité des éoliennes et d’en allonger la durée de vie.
IPC et CEA-Liten Démonstrateur de pale d'éolienne intelligente (Crédit photo: IPC et CEA-Liten)
Analyse sur l'ensemble du cycle de vie du produit
Les enjeux environnementaux sont tout aussi importants mais différents pour Racer Gloves, un fabricant de gants chauffants pour le ski, l'équitation, la défense, la santé ou l’industrie. "Nos produits sont soumis à de fortes contraintes, explique le PDG Florent Katchikian. Nous comptons y intégrer des capteurs pour savoir quelles zones de la main doivent être chauffées. Nous pouvons ainsi optimiser l’alimentation électrique et allonger l’autonomie, car nos gants sont alimentés par batterie. Nos projets de gants intelligents pour la santé ou la défense imposent le recours à l’électronique imprimée. Il est impossible de les réaliser en électronique traditionnelle."
Pour Christophe Serbutoviez, l’impact environnemental de l’électronique imprimée seule n’a plus de sens aujourd’hui. "Il faut l’évaluer au regard de l’objet qui l’utilise. Il passe par une analyse de l’ensemble du cycle de vie du produit, un exercice très compliqué qui n’a encore jamais été fait dans le domaine. "
Si l’électronique imprimée semble écologiquement plus vertueuse, il lui reste beaucoup de progrès à faire. Chimie, procédés, intégration… Tous les maillons de la chaîne de valeur sont mobilisés dans ce sens avec notamment trois objectifs clés : réduire le poids des objets cibles, en améliorer la fiabilité et en allonger la durée de vie.
Revoir la formulation des encres
Les défis ne manquent pas. Philippe Guaino, directeur du programme revêtements intelligents et électronique imprimée au CRM Group, un centre de recherche sur la métallurgie, à Liège en Belgique, relève deux grands freins à l’intégration de l’électronique dans des pièces en métal : celui de la connectique, un élément critique de la fiabilité, et celui des encres d'argent moins performantes que les pistes en cuivre de l’électronique traditionnelle. "Il faut se pencher sur le substrat pour l’alléger, voir le faire disparaître en imprimant directement le circuit sur la surface en métal de l’objet, recommande-t-il. Il faut aussi travailler sur les matériaux des couches fonctionnelles. "
Lionel Tenchine, coordinateur de projet à l’IPC, met le doigt sur un autre point : celui de la compatibilité des matériaux de l’électronique imprimée avec ceux de la pièce où elle s’intègre. "Dans la pâle d’éolienne intelligente, le film d’électronique imprimé est encapsulé dans les composites, explique-t-il. Nous avons besoin de tester et de qualifier ses matériaux pour nous assurer de leur fiabilité. Quelle va être l’influence de l’électronique imprimée dans le temps ? Il faut éviter qu’elle n’engendre des effets indésirables sur la pièce. "
Selon l’expert de l’IPC, l’intégration de l’électronique imprimée va au-delà des fonctions de monitoring et maintenance. Elle peut servir aussi au suivi de fabrication de la pièce. Un vrai enjeu de l’optimisation industrielle qui contribue à la réduction de l’empreinte écologique et constitue un attribut de plus dans son potentiel vert.



