L’ASN recommande une "sécurisation industrielle" du parc nucléaire actuel dans la prochaine PPE

L’Autorité de sûreté nucléaire a profité de la remise de son rapport 2022 pour recommander une meilleure anticipation du réchauffement climatique, en adaptant les centrales existantes et en approfondissant les recherches scientifiques. Les prestataires du cycle du combustible sont aussi appelés à travailler plus en amont, cette fois pour monter en compétences.

Réservé aux abonnés
Vues aériennes centrale nucléaire de Civaux
Malgré tous les aléas de l'été dernier, l’organisme estime que la sûreté des installations nucléaires, ainsi que la radioprotection dans les secteurs industriel, médical et du transport de substances radioactives se sont toutes maintenues "à un niveau satisfaisant".

La sûreté a été assurée, mais une meilleure anticipation s’avère indispensable "pour éviter l’impasse au sein du système nucléaire". L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a présenté jeudi 25 mai son rapport 2022 aux parlementaires français, très attendu après les difficultés de production de l’hiver et un été marqué par la sécheresse, la canicule, ainsi que la découverte de phénomènes de corrosion sous contrainte sur plusieurs réacteurs. "Un ensemble d’aléas sur le nucléaire jamais vus jusqu’alors", a souligné Bernard Doroszczuk, le président de l'ASN. Or, "il est indispensable de résorber le passif du nucléaire existant pour développer le nouveau nucléaire", a-t-il ajouté.

Malgré tous ces aléas, l’organisme estime que la sûreté des installations nucléaires, ainsi que la radioprotection dans les secteurs industriel, médical et du transport de substances radioactives se sont toutes maintenues "à un niveau satisfaisant". Le nombre d’incidents de niveau 1 a diminué en 2022, et aucun incident de niveau 2 n’a été répertorié, contre un seul en 2021. "Dans ce contexte, l’ASN estime qu’un travail sur la sécurisation industrielle pour les 15 à 20 ans à venir d’une partie significative des installations actuelles doit être anticipé dans le cadre de la future PPE" (Programmation pluriannuelle de l’énergie), a déclaré son président.

Quant à EDF, l’Autorité considère que l’entreprise a agi "en tant qu’exploitant responsable au regard des enjeux de sûreté liés aux fissures". "L’ASN avait souligné dès 2013 la nécessité de disposer de marges suffisantes dans le système électrique pour faire face à un événement de ce type", précise néanmoins le rapport. Par ailleurs, concernant le serpent de mer de l’EPR de Flamanville (Manche), "un travail important reste à faire, assure l’ASN, en amont de la mise en service, pour réaliser la dernière campagne d’essais à chaud sur site et terminer les justifications de la conformité des équipements sous pression nucléaires".

Le nucléaire obligé de s’adapter à la hausse du mercure

Face aux conséquences du réchauffement climatique, le président de l’ASN a appelé à "une consolidation des connaissances scientifiques et à une meilleure capacité d’adaptation pour le nouveau nucléaire". Si pour la première fois depuis 2003, cinq réacteurs ont pu déroger aux prescriptions de rejets thermiques en dépit de la chaleur, ces exceptions n’ont pas eu de conséquence sur la sûreté nucléaire. Ces canicules étant appelées à se multiplier, le rapport de l’ASN recommande de mener un travail sur l’impact environnemental des rejets, "ce qui demandera du temps car nos études datent de plusieurs années", a reconnu Bernard Doroszczuk. Une réflexion sur de possibles évolutions et adaptations technologiques est également conseillée, comme augmenter les capacités d’entreposage des effluents.

Si l’état de la radioprotection dans le domaine médical "se maintient à un bon niveau", les moyens humains dans ce secteur sont de plus en plus sous tension, note en outre l’organisme. Des organisations multi-sites sont apparues et le recours à des prestataires extérieurs a augmenté. "La culture de la radioprotection reste perfectible en particulier dans le domaine des pratiques interventionnelles radioguidées, pour lesquelles la formation des personnels à la radioprotection des patients et des travailleurs peine à progresser", estime l’ASN.

Le cycle du combustible, une filière qui compte peu de marges de manoeuvre

La sécurisation industrielle voulue par l’ASN ne concerne pas que le parc actuel, mais aussi l’ensemble du cycle du combustible. "Les résultats des contrôles en 2022 montrent que l’approvisionnement reste un point de vigilance, ce qui implique de renforcer les compétences et la qualité au sein de la filière", affirme Bernard Doroszczuk, par une redéfinition des exigences et une meilleure évaluation des capacités techniques des prestataires. Un travail d’autant plus important que "le développement des petits réacteurs modulaires conduira à une plus grande diversité des acteurs", a-t-il pointé.

L’ASN reste vigilante concernant les activités du géant du cycle du combustible Orano, notamment ses usines de La Hague (Manche) et de Marcoule (Gard). La première, destinée au traitement des assemblages de combustibles irradiés, connaît "une saturation à court terme des entreposages de plutonium" en raison des problèmes de production du groupe. Ce qui induit des besoins importants de maintenance dans la deuxième, "qui ont des conséquences en matière de radioprotection, pointe le rapport, avec un appel croissant à des intervenants extérieurs et une dosimétrie collective très importante". Si les inspections de l’ASN lui ont permis de conclure que les engagements de sûreté d’Orano restent tenus, l’Autorité de sûreté nucléaire constate par la voix de son président que "le démantèlement exige une meilleure visibilité et maturité des projets".

Le bilan 2022 de l’ASN intervient alors que le gouvernement compte présenter la prochaine loi de programmation pluriannuelle de l’énergie à l’automne, qui engagera le nucléaire français jusqu’en 2040. Le parc existant, qui devrait être prolongé, soufflera à cette date ses soixante bougies ; six nouveaux réacteurs de type EPR 2 sont aussi planifiés.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.