Rendre les papiers et cartons plus solides et fonctionnels, c’est ce que propose la start-up FunCell. Créée en 2020, à Gières, près de Grenoble, l’entreprise a développé un additif biosourcé qui, mélangé à la pâte de cellulose, confère des caractéristiques augmentées à cette dernière. « En intégrant le produit BioWet, le matériau cellulosique à l’état sec peut doubler sa résistance mécanique par rapport à un papier identique non traité », indique Gilles du Sordet, l’un des quatre fondateurs et président de la start-up iséroise.
La performance se retrouve également dans le cas de papier exposé à l’humidité. « La résistance est alors jusqu’à 15 fois supérieure », assure-t-il. L’emballage est le premier marché auquel se destine cette innovation née dans le laboratoire CERMAV du CNRS. Envisagée par exemple pour des caisses en carton destinées au transport de charges lourdes dans des pays tropicaux où le taux d’humidité est élevé, la solution peut aussi se révéler économique à l’heure de la sobriété. « Une fois la pâte de cellulose additivée, le papetier peut économiser jusqu’à 30% de matière ou augmenter les performances mécaniques de son papier à grammage équivalent », note le dirigeant.
Valoriser les déchets de fruits et légumes
Outre les acteurs de l’emballage, BioWet suscite la curiosité des fabricants de papiers d’hygiène. « Mouchoir, essuie-tout, couche pour bébé… tous ces produits recourent à des additifs pétro-sourcés que les producteurs aimeraient bien substituer », affirme Gilles du Sordet. Une opportunité pour FunCell, dont le produit biosourcé provient essentiellement de ressources naturelles.
Les déchets issus de la transformation des fruits et légumes dans l’industrie agroalimentaire sont en effet sa principale source d’approvisionnement. Suivant un procédé de chimie verte, la start-up extrait l’hémicellulose, une molécule naturelle qui renforce les plantes, la modifie pour lui apporter de nouvelles performances et la purifie. « Nos matières premières ne rentrent pas en concurrence avec l’alimentaire et leur sourcing est possible en local partout dans le monde », précise le dirigeant. Actuellement, cinq types de déchets sont exploités. Mais la liste de ces ingrédients tenus secrets devrait s’allonger.
Se substituer aux plastiques à usage unique
Grâce aux 4,8 millions d’euros levés en février, l’entreprise compte accélérer son développement industriel et sa R&D. « Nous allons sortir du labo », annonce Gilles du Sordet. Un premier pilote sera construit à la fin d’année pour fabriquer quelques kilogrammes de BioWet par jour et servir les premiers clients. Pour les plus importants, dont certains sont déjà partenaires dans les démarches de qualification, un second pilote - industriel cette fois - devrait voir le jour en 2024-2025, après une nouvelle levée de fonds.
La production devrait alors avoisiner les 100 kg/jour environ. Parallèlement, l’entreprise compte mettre l’accent sur le développement de BioGraft, un second additif qui vise cette fois à fonctionnaliser la matière en apportant des propriétés barrières à l’eau et à la graisse notamment. « On cherche à aller le plus loin possible sur l’hydrophobisation. Avec BioGraft, nous apportons une brique technologique qui contribuera au remplacement des plastiques à usage unique. » Le marché est considérable alors que les acteurs de l’agroalimentaire et de la cosmétique se mobilisent pour trouver des alternatives durables. L’an dernier, FunCell a été lauréat de Circular Challenge organisé par Citeo.



