Entretien

[Entretien] «Les frontières physiques et digitales s'estompent dans le monde du luxe», assure Diaa Elyaacoubi (Monnier Paris)

PDG de Monnier Paris, Diaa Elyaacoubi a suivi les évolutions de l'économie numérique depuis ses débuts. Pionnière, entrepreneure à répétition mais également ingénieure, elle nous livre son regard sur les potentialités du Web3 pour le luxe à l'heure où la vague du métavers recule, et que monte celle de l'intelligence artificielle.

Réservé aux abonnés
Diaa Elyaacoubi Monnier
Diaa Elyaacoubi veut mettre en lumière les talentueux designers du Web3.

L’Usine Nouvelle : Monnier Paris organise un concours de créateurs pour le Web3 où, comme vous l’écriviez, vous voulez révéler ses talentueux designers. Etes-vous la dernière à croire encore à cette nouvelle version d'Internet ?

Diaa Elyaacoubi : La situation actuelle me rappelle ce qui s’est passé au début des années 2000 avec Internet et l’explosion de la bulle. D’un seul coup, après quelques années de fort investissement et d’intérêt pour les startup, tout le monde s’est mis à leur tourner le dos. Internet était devenu out pour les journaux, les investisseurs… Il se passe un peu la même chose avec le métavers aujourd’hui. C’est un mot qui a été très galvaudé ces derniers mois. Tout le monde faisait du métavers, c’était à la mode. C’est comme les autoroutes de l’information à la fin du siècle dernier, qui étaient un grand fourre-tout désignant aussi bien les sites portails que les infrastructures ou les premières applications mobiles. Je crois aux technos disruptives qui constituent les nouveaux outils du métavers (blockchain, crypto, RA, digital fashion, fashiontech, etc) et participent au Web3.

Quel regard portez-vous sur les évolutions en cours ? Vous citiez le début des années 2000. Vu votre expérience, quel est l’avenir du Web3 ?

Je crois dans la création d’un univers qui mêle blockchain et crypto avec le monde du jeu et le Web3. Cela prendra sûrement un peu plus de temps que ce qu’anticipaient les gens il y a encore un an. Mais je suis persuadée que ce train est en marche. On construit des infrastructures, de nouveaux outils émergent… Regardez ce qu'il se passe dans le monde du gaming où les business models sont les plus aboutis. On ne peut pas parler de vague éphémère quand on voit les résultats et la fréquentation de the Sandbox ou de Fortnite

Qui sont ces talents que vous voulez récompenser ?

Il existe une vraie effervescence autour du Web3, notamment des créateurs d’œuvres digitales originales. Nous croyons que leur créativité et leur talent vont nourrir le monde réel tôt ou tard. Nous prenons le pari qu’un jour il se passera la même chose avec ces créateurs que ce que l’on vient de voir avec Pharrel Williams, qui vient de la street culture et qui est devenu directeur créatif de Louis Vuitton. Nous voulons dès aujourd’hui mettre en lumière ces nouvelles cultures digitales qui vont nourrir les années qui viennent.

Vous faites un parallèle entre les autoroutes de l’information et le Web3. Mais où sont les nouvelles façons de travailler, consommer, communiquer… ?

Tout change très vite. Regardez ce qu'il s’est passé avec le travail à distance qui est d’ores et déjà une vraie révolution. Dans mon entreprise, aujourd’hui les deux tiers des réunions se font en visio !

"Nous voulons dès aujourd’hui mettre en lumière ces nouvelles cultures digitales qui vont nourrir les années qui viennent"

—  Diaa Elyaacoubi

"Nous voulons dès aujourd’hui mettre en lumière ces nouvelles cultures digitales qui vont nourrir les années qui viennent"

—  Diaa Elyaacoubi

"Nous voulons dès aujourd’hui mettre en lumière ces nouvelles cultures digitales qui vont nourrir les années qui viennent"

—  Diaa Elyaacoubi

Sur les modes de consommation, la cryptomonnaie est déjà là pour certaines communautés qui les utilisent régulièrement. Et ces communautés sont de plus en plus étendues. Les changements ne s’arrêtent pas là. Dans le commerce en ligne, les parcours d’achat vont être modifiés profondément par des expériences issues du monde du gaming. Les expériences entre les consommateurs et les marques seront de plus en plus riches pour entretenir plus longtemps la relation entre les unes et les autres. Cela créera plus d’affection, plus de confiance en direction des marques. Demain, le consommateur voudra que son avatar puisse tester un vêtement digital avant d’aller l’acheter. Les NFT serviront pour authentifier la propriété d’objets de toutes sortes.

Pourquoi ce modèle vous semble-t-il mieux adapté au monde du luxe ?

C’est un marché international, où les frontières comptent de moins en moins. Le monde numérique possède les mêmes caractéristiques. J’ai été au board d’un opérateur de paiement et j’ai pu observer la croissance et l’importance de ces flux financiers transfrontaliers. Aujourd’hui, les frontières physiques et digitales s’estompent. Un client asiatique peut acheter à tout moment un sac sur notre plateforme située en Europe et être livré chez lui en Asie en moins de 5 jours.

En outre, les pays émergents veulent pouvoir accéder aux produits de luxe, c’est un rêve qui se réalise pour eux. Cela se passe aussi bien en Asie qu’en Afrique ou au Brésil, c’est un phénomène mondial. En face de cela, il y a un véritable savoir-faire français qui est reconnu dans le monde entier. Les producteurs français sont écoutés et respectés.

En tant qu’entreprise, Monnier est un facilitateur entre les marques et les utilisateurs, de plus en plus jeunes, qui veulent avoir partout le même service. Nous sommes là pour absorber la complexité et la simplifier à nos clients, les marques de luxes, qui peuvent se consacrer à concevoir des produits encore plus beaux et plus créatifs.

Vous êtes ingénieure, diplômée des télécoms. Le monde du luxe vous surprend-t-il ? Comment vit l’ingénieure rationnelle avec le créatif ?

Quitte à vous étonner, je dirais que ces deux mondes ne sont pas si éloignés que ça. Un de mes mentors professionnels me disait toujours que gérer une équipe d’ingénieurs c’est comme gérer une équipe de créatifs. Il y a des parallèles, la même exigence sur  le produit, la finition… J’aime bien dire que la French tech et la French touch marchent main dans la main au même pas.

Nous n’avons presque pas parlé d’intelligence artificielle, le buzzword de ce début d’année avec les avancées de ChatGPT. Ces technologies peuvent-elles avoir un impact sur les créations du secteur du luxe ?

Il existe plus ou moins l’équivalent pour le design de produit. A partir d’un brief, une IA peut réaliser un produit. J’ai vu de telles expériences et le résultat est plutôt intéressant, cela peut être une base de travail. Ceci dit, la magie de la création pour moi n’est pas là. Elle ne naît pas de la répétition, au contraire, ce qui intéresse dans la création c’est l’inattendu. Ce qui frappe c’est ce qui surprend, quand l’intelligence artificielle risque de reproduire de la répétition, du banal – j’ose le mot. C’est dire l’avenir qui attend les marques de luxe.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs