Reportage

[En images] A Orléans, industriels et labos innovent dans la dépollution

Entre instruments de pointe et recherche appliquée, entreprises et laboratoires de la cité johannique traquent les polluants environnementaux.

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Pour tester ses solutions de dépollution des sols, le BRGM travaille à toutes les échelles, du centimètre à la cuve plurimétrique.

Un résidu jaunâtre dans un substrat de billes de verre. C’est tout ce qu’il reste des hydrocarbures déversés, quelques jours auparavant, dans un bac transparent de plusieurs dizaines de centimètres après son nettoyage par pompage et ajout de tensioactifs, explique Stéfan Colombano, chercheur au sein de la plate-forme Prime du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), organisme public de recherche créé en 1959 et situé à Orléans (Loiret). Dans la grande halle qui héberge les instruments de Prime, un seul objectif : "Nous testons des technologies de dépollution des sols en conditions contrôlées et à différentes échelles", résume Stéfan Colombano.

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Sortir de la salle dédiée aux instruments dits centimétriques permet d’en prendre conscience. À côté se dresse la cuve multi-métrique de Prime. Une piscine métallique de 11 mètres de longueur sur 4 mètres de hauteur et presque autant de largeur. Inaugurée en février 2020, elle est encore vide, mais devrait bientôt accueillir terre, eau et végétation pour simuler un sol réel. Celui-ci sera contaminé et purifié à répétition par le BRGM, dont l’antenne orléanaise rassemble plus de 800 personnes, avec le support d’entreprises partenaires comme EDF et Suez.

Pour inventer des solutions innovantes, "Prime nous permet de faire le lien entre la recherche amont et l’application", expose Stéphane Sabatier, le président d’Iddea Ingénierie, une PME qui collabore avec le BRGM pour stabiliser les polluants métalliques des terrils avec des plantes. Un travail sur la dépollution de l’environnement dont s’est emparée la région Centre-Val-de-Loire, qui a lancé en 2016 le programme Pivots, qui compte sept plates-formes scientifiques, dont Prime. Fuites d’hydrocarbures, métaux lourds, composés organochlorés... "Presque tous les sites industriels sont contaminés", rappelle Stéfan Colombano.

Cinq minutes de marche suffisent pour atteindre la plate-forme suivante, Permeca, la seule du programme gérée par une entreprise privée. Dans son laboratoire d’essais, la société d’ingénierie environnementale Antéa utilise une multitude d’instruments pour déformer, poinçonner, chauffer et torturer des matériaux. Bardées de capteurs, de petites cuves blanches testent, par exemple, la résistance d’un géotextile innovant à un liquide corrosif issu de l’industrie sidérurgique (lixiviat).

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"La présence d’une entreprise privée était souhaitée par la Région, explique Christophe Poinclou, le responsable du laboratoire d’Antea. Nous aidons à ce que les recherches s’orientent vers le marché et trouvent un débouché." Car "l’objectif de Pivots est de développer l’innovation et l’emploi sur le territoire, en lien avec le tissu économique", précise Christophe Mouvet, chercheur au BRGM qui coordonne le programme. Donc de favoriser les collaborations de toutes natures, notamment par un travail constant de communication et de mise en relation des deux mondes, qu’il mène avec le pôle de compétitivité Dream.

Sur le campus du CNRS voisin, le laboratoire Interfaces, confinement, matériaux et nanostructures (ICMN) – un autre acteur de Pivots– a également pris le pli des collaborations. Là, entre un écran et une paillasse, une doctorante en blouse blanche s’affaire à isoler la trace émise par un micropolluant dans un signal électrique. D’ordinaire, les détecter dans l’eau "requiert des opérations de récoltes d’échantillons longues et coûteuses", explique son encadrant de thèse, Jimmy Nicolle. Mais le labo développe des capteurs électrochimiques innovants, explique le scientifique en désignant une rangée d’électrodes de carbone imprimées sur quelques centimètres qui, structurées au niveau nanométrique, pourront détecter les micropolluants sur site.

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"Nous avons intégré un industriel dès l’amont de nos recherches", ajoute Jimmy Nicolle. DSA Technologies en l’occurrence, une PME orléanaise spécialiste de l’internet des objets, notamment pour la surveillance environnementale, qui cherche à développer son offre. Leur relation est étroite. Outre sa participation au cahier des charges, DSA Technologies apporte son expertise pour construire la partie électronique des capteurs. "Ce partenariat facilite la réalisation de préséries d’électrodes et de tests, car nous n’avons pas de labo adapté", explique Sarra Bouden, chargée de projet pour la PME.

Des fonds privés

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Les collaborations sont parfois ponctuelles. Sur le même campus, une demi-sphère de Téflon de 6 mètres de diamètre est campée sur le toit de l’Institut de combustion, aérothermique, réactivité et environnement (Icare) du CNRS. Protégée de la pluie par un écrin amovible, elle est irradiée par le soleil par beau temps. "Un facteur essentiel pour étudier le devenir des polluants dans l’air, car sa lumière entraîne des réactions chimiques", explique Véronique Daële, chercheuse au CNRS et responsable de la plate-forme Prat, à laquelle son labo participe.

Plus grande plate-forme de ce type en France, des prestations pour le privé y sont effectuées régulièrement. Testant l’impact d’appareils et de composés en tous genres. "Ces collaborations sont encouragées par la Région. Elles nous permettent d’obtenir des fonds et sont surtout l’occasion de se poser des questions scientifiques enrichissantes", raconte la chimiste. Une double casquette qui peut amener des surprises. Comme celui des matériaux dépolluants des oxydes d’azote (NOx) qui se montrent efficaces dans certaines conditions, mais qui peuvent parfois générer d’autres polluants.

Une imprévisibilité qui n’a pas tari l’enthousiasme de l’écosystème orléanais. Celui-ci invente déjà son prochain projet : rapprocher l’appareillage de Pivots de la modélisation pour créer un jumeau numérique d’une partie de la région. Là encore en collaboration avec les entreprises.

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