En Gironde, Air Booster transforme les murs des bâtiments en chauffage low-tech

Avec sa solution low-tech, un bardage aérothermique, Air Booster capture l’énergie solaire pour chauffer un bâtiment, préchauffer un process ou sécher des produits. En mai, la start-up a levé 1,5 million d’euros auprès de Team for the Planet, une holding investissant dans la lutte contre le changement climatique.

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La facade du bâtiement de l'UIMM de Bordeaux recouvert du bardage Air Booster
Le bâtiment de l'UIMM à Bordeaux recouvert du bardage Air Booster.

«On transforme les bardages en radiateurs géants, résume Christophe Fourcaud, fondateur de Air Booster. A surface équivalente,c’est quatre fois plus puissant qu’un panneau photovoltaïque.» La start-up compte parmi les 1400 entreprises labellisées Solar Impulse Efficient. Elle a aussi obtenu le label Greentech innovation du ministère de la Transition écologique. Située à une dizaine de kilomètres de Bordeaux, à Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), la société créée en 2019 est en plein boom.

«Nous recrutons 3-4 personnes d’ici Noël, des ingénieurs et des commerciaux. La demande est énorme», se réjouit le dirigeant qui finalise neuf chantiers et fait état de plus de six millions d’euros de projets à venir. Présentée comme low-tech, sa solution R’Booster promet de réduire les factures de chauffage des bâtiments industriels et l’empreinte carbone inhérente. L’idée est simple : exploiter l’énergie solaire au contact de la tôle des bardages. «Grâce au soleil qui est très bas au-dessus de l’horizon l’hiver, la façade métallique reçoit beaucoup plus d’énergie que l’été», explique le patron qui invite à toucher un bardage orienté sud pour ressentir une température de 58 à 72° quand l’air est à 10°.

Jusqu’à 80% en moins sur la facture de chauffage

Dans l’atelier, l’équipe modifie des bardages standards en échangeurs thermiques. «Nous fermons les nervures pour en faire des canaux où circulera l’air et nous ajoutons des 'perturbateurs' pour augmenter les échanges thermiques, décrit Christophe Fourcaud. L’air chaud est ensuite ventilé à l’intérieur du bâtiment.» Capable de réduire de 20 à 80% la facture de chauffage selon l’ensoleillement, la forme de la structure et d’autres critères, la solution n’a pas besoin de recouvrir l’ensemble du bâtiment.

«C’est tellement puissant quand il y a du soleil que nous préconisons de recouvrir la moitié de la façade la plus au sud», indique l'entrepreneur. Chauffage l’hiver, le système contribue aussi à rafraichir les locaux l’été : «en s’activant la nuit lorsque la température est au plus bas, on peut atteindre une réduction de 3 à 5° de l’air ambiant au petit matin.»

La fédération patronale de la métallurgie, l’UIMM a déjà adopté l’innovation pour un de ses bâtiments, de même que la RATP. Des discussions sont également engagées avec les groupes Michelin et Etex. Car la solution ne se limite pas qu’à apporter du confort. Sa vocation est aussi industrielle. Le système permet le préchauffage dans des process où les produits ont besoin d’être séchés, à l’instar des plaques de plâtres.

Décarboner le secteur du séchage agricole

«On ne peut pas monter à 110°, mais on peut atteindre les 50° lorsque les conditions météo sont au rendez-vous, fait valoir Christophe Fourcaud. C’est autant de gaz économisé.» En Gironde, l’entreprise BSE Neandertal a ainsi adopté R’Booster pour sécher, sans complément d’énergie cette fois, les déchets de sylviculture qu’elle commercialise. Une activité prometteuse. En début d’année, dans le cadre d’un appel à projet, Bpifrance a retenu l’entreprise pour décarboner le secteur du séchage agricole.

Si Air Booster n’est pas la seule à proposer le bardage comme système de chauffage, elle revendique un coût plus économique que ses concurrents : le canadien Solarwall, qui utilise un bardage microperforé, et Enerconcept, une entreprise nantaise qui mise sur le polycarbonate plutôt que le métal.

Confiante dans sa réussite, la société qui se cherche un directeur général a levé en mai dernier 1,5 million d’euros auprès de Team for the Planet, une société à but non lucratif qui investit dans des innovations décisives pour le climat. «Ce sont eux qui nous contacté. Ils voulaient absolument notre solution dans leur portefeuille», confie le dirigeant avec un brin de fierté. Cette année, la société prévoit un chiffre d’affaires de 600000 d’euros et envisage 1,6 million d’euros l’an prochain.

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