« Nous devons devenir en cinq ans la nation des start-up », promettait en 2017 Emmanuel Macron. Un pari plutôt réussi. Les montants investis en capital-risque dans les pépites tricolores atteignent des sommets : 5,4 milliards d’euros ont été levés en 2020, trois fois plus qu’en 2015, et 11,6 milliards en 2021. L’autre réussite est l’émergence de licornes, ces start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars. La France en comptait 26 au 25 janvier 2022, contre 3 en 2017. Mais ce résultat ne tient pas qu’à ce seul quinquennat. « C’est une tendance de fond qui a dix ans, démarrée sous François Hollande avec la création de la french tech en 2013, rappelle Servane Delanoë-Gueguen, professeure à Toulouse Business School. Les politiques des cinq dernières années n’auraient pas marché sur du vide, mais elles ont été nécessaires pour accélérer le phénomène. »
La création du Next 40-FT 120, regroupant les start-up les plus prometteuses, a participé à structurer l’accompagnement et « a continué à mettre en lumière la french tech, donnant de l’attractivité à l’écosystème en termes de talents et de financements », considère Maya Noël, la directrice de l’association France Digitale. Si la France s’est rendue plus attractive pour les capitaux privés, y compris avec des événements comme Choose France, leur forte disponibilité est un phénomène mondial. « Restés dans une forme d’attentisme en 2020, les investisseurs étaient prêts à franchir le pas en 2021 avec énormément de capitaux disponibles, observe Servane Delanoë-Gueguen. Toute l’Europe et les États-Unis ont connu une année de levées de fonds record. »
Pour passer 2020, les start-up ont pu bénéficier des prêts garantis par l’État (PGE), un accès salué par Maya Noël qui fait aussi valoir, parmi les mesures marquantes du quinquennat, l’initiative Tibi, lancée en 2020 pour augmenter les dotations des fonds dédiés au financement « late-stage », les deuxième et troisième tours de table, dont l’insuffisance est depuis longtemps dénoncée comme un handicap.
Recherche publique en souffrance
Mais « beaucoup reste à faire », alerte celle qui regrette que l’accès à la commande publique reste enterré. L’impulsion a été donnée pour accélérer la création de deeptechs, portant des technologies de rupture, mais les besoins en financement et accompagnement pour passer à l’échelle restent criants, malgré un plan de Bpifrance de 1,3 milliard d’euros (fonds propres) sur cinq ans. Il en va de même pour les start-up industrielles, un sujet abordé plutôt en fin de quinquennat.
Cependant, le gros point noir en matière d’innovation reste la recherche publique, descendue dans la rue pour dénoncer des conditions de travail dégradées, des moyens financiers et matériels insuffisants et contester une loi de programmation de la recherche (LPR) qui profite surtout aux partenariats public-privé. Avec un financement public de la recherche à 0,71 % du PIB en 2019, contre 0,86 % en 2009, la France ne répond toujours pas à l’objectif de 1 % du PIB fixé par l’Europe. Certes, la LPR prévoit d’augmenter le budget de la recherche de 5,8 milliards d’euros d’ici à 2030 (il était de 15,2 milliards d’euros en 2021). Mais par paliers progressifs. En 2022, la hausse ne sera que de 472 millions d’euros, hors inflation. L’effort est par conséquent reporté au prochain quinquennat.
L'Usine Nouvelle 
Vous lisez un article du numéro 3703 de L'Usine Nouvelle - Février 2022



