Réemployer un emballage plutôt que de le jeter ? L’idée n’est pas nouvelle, mais prometteuse. Quarante ans après l’époque où le consommateur rapportait les bouteilles en verre chez son épicier en échange de quelques centimes, « l’engouement pour le réemploi est grandissant », observe Lila Durix, la chef de projet RSE emballages de Danone. « C’est une tendance qui s’accélère dans tous les pays », prévient Arnaud Rolland, le directeur RSE de CCEP, l’embouteilleur de Coca-Cola pour l’Europe, qui réalise déjà 16 % de ses volumes en réemploi. Les cafés, hôtels, restaurants et leurs fournisseurs – brasseurs et minéraliers – concentrent aujourd’hui la quasi-totalité de ces emballages circulaires, du verre essentiellement.
Au total, 220 000 tonnes de bouteilles et pots sont réemployés, auxquelles s’ajoutent 7 000 tonnes d’emballages ménagers, conserves et flacons, selon l’Ademe. C’est peu, au regard des 5,8 millions de tonnes mises en marché annuellement (dont 104 milliards d’emballages ménagers et 14 milliards liés à la consommation hors domicile). Dans l’emballage commercial et industriel, on fait surtout tourner les palettes, dont 1,7 million de tonnes circulent en boucle.
Le nombre d’emballages réemployables n’est pas connu, mais cela devrait changer en 2023. Le temps pour l’observatoire du réemploi et de la réutilisation, dont la création est prévue d’ici à février 2022 par la loi climat et résilience, de les comptabiliser. L’information est cruciale. Depuis la loi antigaspillage pour une économie circulaire, le développement du réemploi est inscrit dans le texte, qui vise une réduction de 20 % des emballages en plastique à usage unique en 2025, dont la moitié grâce aux emballages réemployables.
En 2027, ils devront représenter 10 % des emballages mis sur le marché. La non-atteinte de cet objectif ne sera pas forcément sanctionnée pour ne pas contrevenir au droit européen. « En 2020, en France, presque toutes les régions comptaient des initiatives portées par des collectivités, des associations, des entreprises », indique Sophie Nguyen, la responsable réemploi et vrac de l’éco-organisme Citeo. Les projets affluent dans les boissons, le bio, la distribution, l’épicerie, la restauration.

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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
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Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
Vertueux en boucle courte
Faire revenir un emballage sur le site de production pour le reremplir n’a rien d’évident. Surtout pour un industriel distribuant des milliards de produits. Citeo fait valoir la complémentarité entre réemploi et recyclage et incite à comparer leurs performances environnementales. « Le réemploi d’emballages en verre doit être mis en œuvre dans des boucles locales de 250 km maximum pour rester vertueux », souligne Sophie Nguyen.
Le dispositif doit optimiser la collecte (sur le lieu de vente ou au domicile), la logistique de retour et garantir un lavage sans risque sanitaire et environnemental, tout en restant économiquement viable. « Une nouvelle filière industrielle doit être créée », reconnaît Sophie Nguyen. « On essaie de faire travailler un écosystème », précise Antoine Robichon, le directeur général adjoint de Citeo, qui consacrera 5 % de son chiffre d’affaires au réemploi en 2023.
Relancer la consigne est complexe. Ce qui est valable pour une bouteille consommée au restaurant ne l’est pas pour un pot pour bébé acheté en grande surface.
— Clara Mottier, chef de projets économie circulaire de Blédina
Dans le cadre de son expérimentation, le fabricant de nourriture infantile Blédina a multiplié les partenariats avec des start-up : Lemon Tri pour la collecte et la logistique à Brives-la-Gaillarde (Corrèze), Loop pour la région parisienne, Uzaje pour le lavage… « Relancer la consigne est complexe, a admis Clara Mottier, la chef de projets économie circulaire de Blédina, lors du lancement en juin d’une gamme de petits pots dans l’usine corrézienne du groupe. Ce qui est valable pour une bouteille consommée au restaurant ne l’est pas pour un pot pour bébé acheté en grande surface. On a besoin de voir ce qui va attirer le consommateur et s’il fera le geste retour. »
Des questions techniques se posent. « Produire des petits pots, on savait faire. Les nettoyer pour les reremplir, on ne savait pas », reconnaît la cheffe de projet, rappelant les conditions d’hygiène drastiques auxquelles ces produits sont soumis. L’étape est en cours de qualification avec le prestataire Uzaje.
Un projet de gamme standard
Autre difficulté, le choix de l’emballage. Plus épais pour résister aux multiples rotations, moins anguleux pour en faciliter le nettoyage, les contenants sont à l’étude. Des solutions en Inox et en plastique sont en développement, mais le verre prime. Même là, des gammes existent pour les boissons, mais le catalogue souffre de carences sur les bocaux. À quelques exceptions près, comme le verrier Arc, qui en profite pour se diversifier avec une gamme de bols réutilisables, les verriers « attendent que la demande se constitue pour investir dans des moules », explique Emmanuel Auberger, le fondateur d’Uzaje.
Les éco-organismes présenteront début 2022 un projet de gamme standard d’emballages réutilisables destinée à la restauration, aux produits frais et aux boissons, trois segments présentant un fort potentiel de conversion. Les caractéristiques (taille, poids…) communes doivent aider à massifier les flux et à réduire les coûts économiques et environnementaux liés au tri, au transport et au lavage. Les industriels pourront échanger leurs bocaux et bouteilles. À condition d’accepter de renoncer à la personnalisation marketée… Et que la demande soit au rendez-vous.
Lavage, colis et bacs... Trois start-up à l’œuvre
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Uzaje
Étape cruciale du réemploi, le lavage industriel est la spécialité d’Uzage, qui a ouvert deux centres en 2021 et en envisage six autres d’ici à 2023. Pour l’instant, 80 % de son activité concernent la restauration. À terme, l’entreprise prévoit de traiter 300 millions d’emballages et d’éviter 28 000 tonnes de déchets. Elle accompagne les distributeurs et l’agro-industrie dans l’expérimentation du réemploi.
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Hipli
La start-up Hipli a conçu un emballage destiné à l’e-commerce. Sous forme d’enveloppe ou de colis, ce contenant en polypropylène peut être réutilisé 100 fois. Une fois la marchandise reçue, il suffit de le plier et le déposer dans une boîte à lettres ou un point relais pour qu’il soit remis en état pour un nouvel usage. 60 000 colis sont actuellement en circulation.
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Pandobac
Avec ses bacs en plastique réutilisables, Pandobac offre une alternative aux cartons, cagettes en bois et contenants en polystyrène. Installée à Rungis (Val-de-Marne) avec des antennes en Bretagne et en région lyonnaise, la jeune pousse loue ses bacs aux grossistes qui livrent les restaurants. Une fois les denrées livrées, les bacs sont rendus au fournisseur qui les rapporte à Rungis où ils sont lavés avant d’être remis en circulation.



