Moins d’un an après sa création, Verkor annonce avoir levé plus de 100 millions d’euros. Engagée dans le développement de batteries lithium-ion bas carbone pour répondre à la demande croissante de véhicules électriques (VE), de mobilité électrique en général et de stockage stationnaire d’électricité, la société française vient, à cette occasion, d’accueillir Arkema dans son capital. Le groupe chimique dit avoir participé « à hauteur de plusieurs millions d’euros » à la levée de fonds dont l’objectif est de construire le « Verkor Innovation Center » près de Grenoble (Isère), puis de démarrer une première Gigafactory de batteries en 2023. L’idée est de produire des batteries made in France avec une empreinte carbone quatre à cinq fois plus faible que celle des batteries chinoises. Ainsi, Arkema rejoint un projet ambitieux qui mobilise depuis le début EIT InnoEnergy, le groupe IDEC, Schneider Electric, Capgemini, et plus récemment, Renault, EQT Ventures, Tokai Cobex, et le fonds Demeter.
Grossièrement, une batterie est un ensemble constitué de deux électrodes (anode et cathode), d’un séparateur et d’un électrolyte. Des éléments qui sont forcément fournis par des industriels de la chimie. Et chacun y va de sa spécialité. Arkema fournit, par exemple, des polymères PVDF comme séparateurs ou liants de cathode, des sels de lithium comme électrolytes et des nanotubes de carbone pour renforcer la résistance des électrodes. Produits lithiés et fluorés: c’est aussi sur cette même chimie que va s’appuyer le portefeuille de Solvay, qui marque aussi le territoire dans le recyclage. Dans cette édition, le groupe belge fait l’annonce de la construction d’un pilote de recyclage de métaux, sur le territoire français, en collaboration avec Veolia.
Outre-Rhin, BASF est en train de se positionner dans les matériaux actifs de cathodes (CAM) et leurs précurseurs (PCAM) qui sont des hydroxydes métalliques mixtes de nickel, de cobalt et d’autres éléments chimiques (aluminium ou manganèse). En Europe, les premières productions sont attendues pour 2022 en Finlande (Harjavalta) et en Allemagne (Schwarzheide), avec un pilote de recyclage programmé pour 2023, en Allemagne. Et le groupe place ses pions en Chine. Une création de coentreprise avec Shanshan a été annoncée en mai. Dans le même temps, le Britannique Johnson Matthey, également actif dans les matériaux pour cathodes, s’apprête à démarrer une production en Pologne (Varsovie) en 2022, alors qu’une deuxième usine est déjà en construction en Finlande (Vaasa). En Norvège, Elkem préfère s’attaquer à l’anode, constituée de graphite synthétique, contenant du silicium. Après la mise en service d’un pilote à Kristiansand, le groupe a récemment créé la filiale Vianode « comme prochaine étape vers la production à grande échelle ». Dernier exemple avec Lanxess qui investit le marché des batteries via sa filiale Saltigo. Cette dernière produira des électrolytes à façon, en Allemagne (Leverkusen), pour le compte du Chinois Tinci.
Si les acteurs de la chimie s’activent autant dans le développement de composants pour les batteries, c’est parce que le marché s’annonce juteux. L’European Battery Alliance, lancée par la Commission européenne en 2017, et largement soutenue par la France, annonce pour 2025 un marché à 250 milliards d’euros. Autour de deux millions de VE circulent déjà sur les routes européennes et ils devraient être 7 à 8 millions en 2025. De quoi justifier cet engouement pour le marché des batteries qu’Arkema place donc dans ses « top priorités ».



