Chronique

[Ecoacademics] L’inflation, une menace sur le bien-être des Français

Les chercheurs travaillent, L'Usine Nouvelle déniche leurs trouvailles. Cette semaine, l'économiste Claudia Senik explique pourquoi avec l’inflation, ce n’est pas que la consommation des Français qui est menacée, mais aussi leur satisfaction par rapport à la vie. D'autant que plus les anticipations inflationnistes sont fortes, plus le bien-être des individus se dégrade, selon l’observatoire du Cepremap.

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Caddie supermarché
Avec l’inflation, ce n’est pas que la consommation des Français qui est menacée, mais aussi leur satisfaction par rapport à la vie, selon l'économiste Claudia Senik.

Directrice de l’Observatoire du bien-être du Cepremap (Centre pour la recherche économique et ses applications) et membre de la Paris school of economics, Claudia Senik est une économiste spécialiste du bonheur. A la présentation de la dernière édition de son observatoire, elle a décrypté les liens entre la situation financière des Français, l’évolution de leur satisfaction dans la vie depuis deux ans, et ses perspectives. Au fil des confinements et déconfinements, la satisfaction dans la vie en général a joué les montagnes russes, mais la satisfaction par rapport au niveau de vie est restée forte.

« Pendant la pandémie, la conjoncture a compté, mais elle n’a pas pesé. Avec les mesures de soutien et les revenus de remplacement, le pouvoir d’achat a augmenté de 1,9% en 2021 selon l’Insee », explique Claudia Senik. Malgré une récession d’ampleur inédite depuis les années 1930, la satisfaction par rapport au niveau de vie des Français était en moyenne plus élevée en 2020 et jusqu'en décembre 2021 qu'au cours des trois années précédentes. Toujours en moyenne, dans la période de pandémie, les citoyens n’ont pas souffert d’un point de vue économique, mais bien de la privation des liens sociaux.

Impact des hausses de prix sur la satisfaction 

La situation est très différente depuis la fin 2021, où l'on a retrouvé les siens. Mais depuis, le phénomène d’inflation a pris de l’ampleur. Cela a remis la question du pouvoir d’achat au cœur des préoccupations. Désormais, la menace sur le bien-être est bien réelle. Car l’économie comportementale montre qu’au-delà de leur niveau de revenus, ce sont les anticipations de hausse des prix et d’évolution du pouvoir d’achat qui pèsent dans la satisfaction des Français.

« Les personnes qui ont des anticipations inflationnistes plus fortes sont moins satisfaites que les autres, quelle que soit leur situation de revenus objective. Cela les stresse », illustre Claudia Senik. Les trois éléments qui poussent le plus les Français à déclarer une faible satisfaction dans la vie ne sont pas le revenu, l’âge et le diplôme, mais bien le fait de s’endetter, le sentiment que sa situation financière s’est dégradé depuis l’an dernier et de sentir qu’elle va nettement se dégrader dans l’année à venir. Si l'on regroupe les individus en cinq groupe en fonction de leur niveau de vie, se situer dans le niveau median en estimant que sa situation financière s'est dégradée, a deux fois plus d'impact en matière de satisfaction de vie, que d'être dans le groupe au plus faible niveau de vie.

Produits courants et dépenses contraintes

L’inflation sur l’énergie depuis la fin 2021, bien qu’elle ait été limitée en France par rapport à d’autres pays européens grâce au bouclier énergétique, n’est pas passée inaperçue. Le fait qu’elle touche les carburants et désormais les produits alimentaires renforce les inquiétudes. Les études montrent que notre perception de l’inflation est influencée par la hausse du prix des produits que nous achetons souvent. La hausse du plein d’essence et l’augmentation du prix de la baguette de quelques centimes sont très remarquées.   

Par ailleurs, le pouvoir d’achat ne se résume pas à une question d’argent. Il inclut une dimension symbolique. « Dans pouvoir d’achat, il y a le mot pouvoir, et le pouvoir est une liberté. Or, ce sont beaucoup de dépenses contraintes qui ont augmenté comme l’énergie, l’essence, le loyer, etc. », note Claudia Senik. Et lorsqu'on intègre à l’équation le fait que moins on a de revenus, plus les dépenses contraintes ont une part importante, il est facile d’imaginer que dans les classes populaires, c’est la déprime qui risque d’être au programme.

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