Dans l’auto, comment le partage de la valeur s’est inversé entre constructeurs et fournisseurs

Si les pénuries de semi-conducteurs ralentissent l’activité de l’industrie automobile, elles ont aussi amené les constructeurs à renforcer leurs marges. Désormais, ces derniers affichent des profits supérieurs à ceux des équipementiers, selon un rapport d'AlixPartners. Un véritable chamboulement dans le secteur.

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Electricity Renault Douai
Paradoxalement, les arrêts de chaînes de production n'ont pas empêché les constructeurs automobiles d'enregistrer de très belles marges dans leurs résultats financiers.

Sur le papier, ce sont simplement deux courbes qui se croisent. Mais AlixPartners décrit un renversement historique dans son rapport annuel sur l’industrie automobile, présenté jeudi 23 juin. Dans un contexte d’inflation et de pénuries, les marges des constructeurs ont dépassé celles des équipementiers. Un signe que les fournisseurs ont peut-être souffert davantage des hausses de prix sur les matières premières pour l’instant… « Il faut rester prudent quant à la question de la rentabilité du secteur automobile sur le long terme », prévient Alexandre Marian, directeur associé chez AlixPartners.

Malgré un marché automobile sinistré, des constructeurs automobiles comme Renault et Volkswagen ont pu afficher de belles performances financières en 2021. Le tour de magie s’explique en deux mots : pricing power. « Il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande, lié essentiellement à la crise des semi-conducteurs. Les constructeurs ont été capables d’abord d’arrêter les remises, ensuite d’augmenter les prix et enfin de concentrer la production sur les véhicules qui leur rapportent le plus », détaille Laurent Petizon d’AlixPartners.

Les constructeurs gagnent plus d’argent que les fournisseurs

Pour les équipementiers, répercuter l'inflation semble plus difficile. « Les fournisseurs n’ont pas réussi à augmenter leurs prix autant que leurs propres clients », estime Laurent Petizon. Plusieurs indicateurs illustrent ce décalage. Selon les données compilées par AlixPartners, la marge d'Ebitda a atteint 12,6% chez les 25 plus gros constructeurs automobiles mondiaux en 2021, contre 10,8% pour les 50 plus gros équipementiers. « Normalement, les fournisseurs sont plus rentables. Ils sont multi-produits, multi-clients, multi-géographies... Ils ont beaucoup plus de souplesse », rappelle Laurent Petizon.

Avec des voitures vendues plus chères, AlixPartners s’attend à une explosion du profit économique généré par le secteur automobile. Ces bénéfices devraient atteindre 84,7 milliards d’euros en 2023, contre 44,9 milliards en 2018 chez les plus gros constructeurs et équipementiers du monde. « Par opposition aux tendances historiques, les constructeurs profitent bien plus de cette opportunité économique que les fournisseurs », souligne le cabinet. Si en 2018 les fournisseurs captaient 59% de ce profit économique, ce pourcentage devrait diminuer à 37% en 2023, la part du lion revenant aux constructeurs automobiles.

Le retour à la normale, un horizon lointain

« Les constructeurs automobiles présentent des marges assez exceptionnelles. La question est : pour combien de temps ? », s’interroge Laurent Petizon. Certes, cette rentabilité ne s’explique pas que par les hausses de prix. Certains constructeurs comme Stellantis ont travaillé d’arrache pied pour réduire leur point mort.

Mais d’autres éléments pourraient venir amoindrir la rentabilité des marques automobiles : les équipementiers vont sans aucun doute négocier avec leurs clients pour qu’ils supportent une plus grosse partie de l’inflation. Le secteur automobile est bien connu pour ses bras de fer entre constructeurs et sous-traitants... Les constructeurs vont aussi devoir faire face à une concurrence renforcée lorsque les tensions d’approvisionnement s’apaiseront. Ainsi, selon AlixPartners, les marges des équipementiers pourraient à nouveau dépasser celles des constructeurs à la fin de la décennie 2020.

Le retour à la normale reste un horizon lointain pour le secteur automobile. « À moyen terme, le prix plus élevé des véhicules électriques risque de maintenir un niveau de demande globale de véhicules inférieur aux niveaux pré-Covid », signale AlixPartners.

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