Et si l’innovation était la réponse à la crise ? Malgré un ralentissement des projets de R&D provoqué par la pandémie de Covid-19, les professionnels du secteur espèrent avec cette période le début d’une nouvelle ère. "Il y a forcément une baisse des investissements, car les entreprises manquent de liquidités, relate Patrice Duboé, directeur des technologies et de l’innovation de Capgemini. Mais elles continuent d’innover pour préparer le monde demain, qui arrive beaucoup plus vite que prévu."
Excitation, peur, innovation
D’après le directeur des technologies et de l’innovation, certains clients ont déjà réorienté leurs projets vers de nouveaux horizons : traçabilité de la chaine d’approvisionnement par la blockchain, électrification des véhicules, intelligence artificielle (IA) pour assurer la distanciation sociale… "En période de faste, la R&D peut se permettre de prendre des risques avec une faible probabilité de réussite, argue Patrice Duboé. Pendant les 12 à 24 prochains mois, il lui faudra être sélective pour réussir."
D’après lui, l’arrivée de la crise a d’abord provoqué l’excitation, puis la peur. "Les entreprises ont ensuite compris qu’elles avaient besoin de l’innovation pour réussir à sortir de la crise, estime-t-il. Elles se sont rendu compte qu’elles courraient à leur perte en stoppant l’innovation."
Innovation responsable, sobre et résiliente
Innover pour anticiper le monde d’après. Une philosophie que partagent les Instituts de recherche technologique (IRT) et les Instituts pour la transition énergétique (ITE), réunis dans l’association French Institutes of Technology (FIT). "Cette crise nous montre que l’innovation est fondamentale pour vivre dans une société où les gens trouvent leur place et sont heureux, estime Vincent Marcatté, le président de l’association. Cela passe par une innovation différente : plus respectueuse de l’environnement, responsable, sobre et résiliente." Des nouvelles priorités que Vincent Marcatté, aussi président de l’IRT b<>com, dit déjà observer dans le numérique, les télécoms et l’énergie.
Ces instituts, portés par des financements étatiques et industriels, visent à favoriser les transferts technologiques et la transition environnementale de l’industrie. Ils pensent eux aussi à réorienter leurs objectifs, en mettant également en avant le besoin de souveraineté soulevé par la crise. "Nous constatons que nos chaines d’approvisionnement reposent sur des technologies et des produits qui sont fabriquées à l’autre bout du monde, soulève Vincent Marcatté. Il faut que nous participions à refonder un socle technologique maîtrisé."
Soutenir les PME
Selon le président de FIT, ce nouvel élan de l’innovation française doit être porté par ses instituts, ainsi que par les instituts de recherche publics et les pôles de compétitivité, qui comptent parmi leurs membres plus de 10 000 PME innovantes. "Cette reconquête d’un futur plus sobre et vertueux passera nécessairement aussi par les PME", estime Vincent Marcatté.
"Il y a un enjeu très important pour accompagner la R&D des entreprises dans les mois à venir, abonde Jean-Luc Beylat, président de l’Association française des pôles de compétitivité (AFPC). Nous sommes inquiets sur le soutien public de la recherche collaborative, qui se concentre de plus en plus vers les grands comptes et délaissent les PME."
Viser le long terme
D’après Jean-Luc Beylat, qui est aussi président du pôle Systematic, les tensions budgétaires provoquées par la crise vont grever les projets d’innovation des grands groupes, provoquant notamment "un trou d’air de quelques mois dans l’auto et l’aéro". Et cela aura un impact sur les PME innovantes. "Seules, les grandes entreprises n’innovent pas, argue-t-il. C’est aussi pour cela qu’il faut soutenir la trésorerie des petites et moyennes entreprises."
Dans cette logique, le président de Systematic appelle les entreprises à ne pas céder à la facilité. "Certaines entreprises vont ralentir leur R&D, mais c’est très mauvais à moyen et long terme, estime-t-il. S’il n’a pas d’impact immédiat, l’arrêt de l’innovation empêchera ces entreprises de se positionner dans le futur." Celles qui auront continué d’innover, elles, auront gagné une place au premier rang du monde d’après.



