[Covid-19] La crise profitera-t-elle à l’impression 3D ?

En comblant les défaillances des chaines d’approvisionnement conventionnelles provoquées par le Covid-19, la fabrication additive a profité de la mise en lumière qu’elle attendait depuis plusieurs années. Suffisamment pour que les professionnels du secteur puissent espérer une après-crise favorable ?

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Renault España impression 3D masques
Cette usine espagnole Renault a utilisé ses imprimantes 3D pour fabriquer des visières de protection pour les soignants.

Quand une crise sanitaire mondiale fait l’effet d’un coup de projecteur. Dans les premières semaines de la crise, alors que le Covid-19 provoque une rupture des chaines d’approvisionnement, un mode de production émerge : la fabrication additive. Dans les fablabs, les universités et même dans certaines usines, les imprimantes 3D produisent visières de protection, pièces de respirateur, écouvillons… Et prennent le relais des industries traditionnelles. Une mise en lumière qui laisse espérer aux professionnels du secteur un après-Covid favorable.  

"La communauté scientifique et industrielle travaille depuis environ cinq ans à démontrer la capacité de production de la fabrication additive, rappelle Patricia Krawczak, professeure à l’IMT Lille-Douai (Nord). Le Covid-19 va la démocratiser en tant que moyen de production de petites et moyennes séries."

Un œil nouveau

La pandémie a mis en avant différents atouts de l’impression 3D. "La réactivité, la flexibilité, la proximité sont des choses que nous mettons en avant depuis des années, abonde Nicolas Aubert, responsable France de l’impression 3D chez HP. Ces particularités ont pris tout leur sens." Plutôt que de concevoir et fabriquer des moules ou d’attendre la livraison de pièces, la fabrication additive permet de fabriquer directement, de modifier un design au fil de l’eau et de produire sur place.

Autant d’avantages qui ont séduit, au-delà de la crise. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a notamment investi 2 millions d’euros dans des machines de la marque américaine Stratasys. "Les hôpitaux voient les bénéfices de la technologie pour concevoir des dispositifs adaptés aux patients ou pour préparer des opérations, observe Jos Burger, PDG de la marque d’imprimantes de bureau Ultimaker. C’est aussi le cas pour toute l’industrie : cette période a soulevé un débat sur la dépendance industrielle et sur les chaines d’approvisionnement".

Ces débats laissent espérer un avenir favorable aux professionnels du secteur. "La communauté industrielle va regarder ce procédé d’un œil nouveau, estime Patricia Krawczak. Il a fait ses preuves à grande échelle."

L’industrie 4.0 salutaire

Pour autant, ce coup de projecteur s’inscrit dans une crise économique profonde et globale. "Notre activité va souffrir de l’impact de la pandémie dans les secteurs automobile et aéronautique, relate Eduardo Alonso, directeur France du fabricant de machines EOS. Par contre l’utilisation de la fabrication additive dans le médical va se développer fortement et les autres secteurs vont réfléchir à devenir flexibles pour combler les défaillances de la supply chain."

Ces nouveaux marchés seront-ils suffisants pour compenser un ralentissement global de l’économie ? "Il ne faut pas imaginer que nous nous en sortirons mieux grâce à la crise, calme Clément Moreau, PDG du fabricant de pièces Sculpteo, basé à Villejuif (Val-de-Marne). Nous en sommes loin, et attendons une perte de plusieurs dizaines de points de croissance." Reste un espoir : en participant à la reprise industrielle, la fabrication additive pourrait s’inscrire au cœur de l’industrie 4.0 de l’après-Covid. Et sortir grandie de la crise.

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