La filière électronique remonte doucement la pente. Jugée essentielle par le gouvernement au fonctionnement économique du pays, elle a assuré tant bien que mal la continuité de sa production au prix de mesures sanitaires, lourdes et coûteuses, maintenues, voire renforcées en sortie du confinement.
Dans les semi-conducteurs, la nature de l’activité fait qu’il est impossible d’arrêter la production. " Si on avait fermé l’usine de Crolles mi-mars pour la rouvrir mi-mai comme certains le demandaient (entendez la CGT), cela nous aurait coûté 600 millions de dollars sans compter les pénalités qu’auraient exigées des clients pour non livraison de produits, confiait Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général de STMicroelectronics, dans une interview à L’Usine Nouvelle. Cela aurait mis ST à genoux. "
Marges plombées de STMicroelectronics
Ceci n’empêche pas le fabricant franco-italien de puces électroniques, qui compte 10 200 salariés en France, de pâtir de la sous-utilisation des usines, des perturbations de la chaîne logistique et de l’absence du personnel. De quoi plomber ses marges de 4,5 points au deuxième trimestre 2020 et de 2,7 à 2,9 points sur l’ensemble de l’année 2020, selon les prévisions de la direction.

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Mais pas de perte de productivité. Au contraire, la crise se traduit par des gains. Cela est dû au degré élevé d’automatisation d’une fabrication qui s’opère en salle blanche, où les opérateurs ont l'habitude d'être couverts de la tête aux pieds (combinaison, charlotte, masque, gants, lunettes...) pour protéger les plaquettes de puces des particules indésirables. Pendant la période de confinement, le groupe a réduit l’effectif de production jusqu’à 50 % sur ses sites industriels à Crolles (Isère), Rousset (Bouches-du-Rhône), Tours (Indre-et-Loire), Rennes (Ille-et-Vilaine) et Grenoble (Isère), conformément à un accord conclu avec les partenaires sociaux. Cela s’est traduit par une baisse de la production. Mais elle est restée en dessous des 30 %. Et dans son plan de reprise d’activité lors du déconfinement, la direction pense pouvoir faire revenir la production à la normale à la fin de mai avec 80 % des effectifs associés. Là encore, c’est le niveau élevé d’automatisation, propre à cette industrie, qui rend cela possible.
La situation est différente dans la production de cartes électroniques, réalisée par beaucoup de PME et TPE pour des marchés de niche dans la défense, le médical, l’aéronautique, l’énergie ou l’industrie. " Certains subissent des baisses des commandes de 30 à 40 %, affirme Eric Burnotte, président du Snese, le syndicat de la sous-traitance électronique. Or les coûts fixes de structure sont toujours là. Cela deviendra un problème compliqué si le niveau d’activité ne remonte pas rapidement à son niveau normal. "
L'heure est à l'optimisme
La tendance est à l’amélioration même si la profession n’entrevoit pas encore d’éclaircie. Selon le Snese, le niveau d’activité a remonté à 80 % en moyenne aujourd’hui, contre 50 % à la mi-avril. " L’activité reste bien orientée, constate Richard Crétier, consultant auprès du Snese. La demande d’électronique est là et les marchés restent porteurs. L’heure est à l’optimisme dans la filière. Les usines qui ont fermé au début du confinement ont vite rouvert pour éviter le chômage partiel. "
Mais cette continuité d’activité s’accompagne d’une augmentation des coûts liée aux mesures sanitaires : l’investissement dans le réaménagement des locaux pour éviter les contaminations par contacts manuels des robinets, interrupteurs électriques ou poignées de portes, et les dépenses de consommables de protection (gel hydroalcoolique, masques, visières, gants…). A cela s’ajoutent des frais récurrents de visites de sécurité, de maintenance et de désinfection des ateliers et bureaux.
Pour Alliansys, un sous-traitant électronique de 70 personnes à Honfleur, dans le Calvados, le poste investissement de réaménagement des locaux devrait représenter 30 000 à 40 000 euros, tandis que celui des consommables de protection se monte à quelques centaines d’euros par jour. " C’est tout-à-fait supportable pour une PME de notre taille ", estime Eric Burnotte, qui dirige l’entreprise.
Perte d'efficacité liée au télétravail
Le plus compliqué vient de la perte d’efficience entraînée par les précautions sanitaires. Allongement des temps de pose, lavage répété des mains, désinfection préalable des postes de travail, décalage des prises de postes pour éviter le croisement des équipes, perte d’efficacité liée au télétravail et au port de masque… "Tout cela nuit à l’efficience et donc à la productivité, conclut Eric Burnotte. La perte de productivité pourrait atteindre 15 %."
Voilà qui risque de tendre les relations avec les clients, avec la question sensible : qui doit prendre en charge le surcoût ? Le sous-traitant ou le donneur d’ordre ? " Nous travaillons déjà avec des marges très faibles , se défend Eric Burnotte. Je suis obligé de répercuter le surcoût sur le client. Je ne vois pas comment je pourrais faire autrement. "
Position différente chez Sevla, un sous-traitant électronique de 155 personnes basé à Vallet, près de Nantes (Loire-Atlantique). " Pas question de répercuter les coûts sur les clients, tranche David Hériaud, le patron de la PME. Nous préférons dégrader nos marges. Nous voulons rester transparents avec les clients et bâtir avec eux des relations fondées sur la qualité et la confiance. En acceptant de rogner sur nos marges, peut-être que cela nous obtiendrons des marchés que nous n’aurions pas obtenus autrement. De la même façon, nous n’accepterons jamais des hausses de prix de la part de nos fournisseurs. " Le message est clair.



