C’était en septembre 2019. Un projet de l’École nationale supérieure de chimie de Paris (Chimie ParisTech-PSL), en partenariat avec l'ESPCI-PSL et Mines ParisTech-PSL, venait d'obtenir un financement de 1,7 million d’euros - avances remboursables incluses -, dans le cadre de la deuxième édition de Sesame filières PIA. Un mécanisme proposé par l’État et l’Île-de-France pour renforcer la compétitivité scientifique et technologique des acteurs économiques installés en région. Les partenaires avaient alors dans l’idée de mettre en place une plateforme technologique de chimie en flux continu, grâce à un rapprochement de compétences entre des organiciens et des spécialistes du génie de procédés, pour répondre à une demande d’industriels, grands et petits, de procédés plus durables et plus sûrs. Près de quatre ans ont passé et la plateforme Paris Flow Tech est sur les rails et propose son expertise - du consulting à la réalisation d’essais expérimentaux sur les équipements présents sur la plateforme -, dans la transposition de procédés de batch à continu et l’utilisation de sources d’activation alternatives. Grâce à sa dotation, Paris Flow Tech, qui est installée dans les locaux de Chimie ParisTech (Paris 5e arrondissement), dispose d’un parc d’équipements unique, composé de réacteurs de synthèse en flux continu commerciaux (Corning, Thalesnano, et plus récemment Khimod), de sources d’énergies innovantes (photochimie, électrochimie, plasma), et d’équipements analytiques de pointe. La plateforme a également un effectif dédié - deux ingénieurs à temps plein et un technicien à mi-temps – et a déjà attiré l’attention de partenaires industriels tels que Seqens, Solvay, Sanofi ou L’Oréal.
Une labellisation Application Qualified Lab (AQL) par l’américain Corning
Aujourd’hui, une étape supplémentaire est franchie. Paris Flow Tech vient d’être labellisée Application Qualified Lab (AQL) par l’américain Corning, après l’université de Liège (Belgique) en 2017, et la société Microinnova (Autriche) en 2021. Corning et Chimie ParisTech – PSL travaillent ensemble depuis quatre ans, grâce notamment à l’utilisation du photoréacteur G1, un réacteur à faible débit. Désormais, la progression du nombre de clients de Corning, cherchant à réaliser des preuves de concept en France, va s’accélérer, tandis que l’équipementier se réservera la mise à l’échelle industrielle. Pour soutenir cette croissance, la plateforme parisienne s’apprête à doubler sa surface, d’ici à la fin de l’année, passant de 100 à 200 m2, avec le renforcement de ses effectifs.
« La labellisation de la plateforme Paris Flow Tech en tant que AQL est l’un des résultats les plus importants obtenus depuis plusieurs années de travail dans le domaine de la chimie des flux, entre notre institution et Corning. Ce label est une opportunité unique en France et assurera une visibilité accrue de l’activité de Chimie ParisTech-PSL dans le développement de synthèses et de voies innovantes en chimie fine et de spécialité pour les industries pharmaceutiques et chimiques », se félicite Michael Tatoulian, professeur et directeur adjoint en charge des relations entreprises et de l’innovation à Chimie ParisTech – PSL.
L’enjeu est de taille. Derrière la flow chemistry, il n’y a rien de moins que le projet de relocaliser certaines productions chimiques, et notamment celles de principes actifs pharmaceutiques, afin de recouvrer une certaine indépendance sanitaire contrecarrant nos graves pénuries de médicaments. La parfumerie/cosmétique est une cible nouvelle, tant ce secteur renforce sa quête de durabilité.



