Comment le Brexit bouleverse les enjeux commerciaux du Royaume-Uni avec le reste du monde

Le Brexit, qui sera pleinement appliqué à partir du 1er janvier 2021, va bouleverser les relations commerciales du Royaume-Uni avec ses partenaires du monde. Quels sont les enjeux ? Entretien avec Elvire Fabry, spécialiste du Brexit à l’Institut Jacques Delors.

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Elvire Fabry
Elvire Fabry spécialiste du Brexit à l'Institut Jacques Delors donne son éclairage sur l'avenir géopolitique et commercial du Royaume-Uni.

Bien qu’un accord ait enfin été trouvé entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, la position géopolitique et commerciale du Royaume-Uni est en plein renouvellement. Quelle est la situation commerciale du Royaume-Uni avec ses partenaires, notamment européens à l’aube de la sortie définitive du marché unique ? Décryptage avec Elvire Fabry, chercheuse senior en charge de la politique commerciale et Brexit à l’institut Jacques Delors.

L’accord passé entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est-il une réussite ?

L’accord a été salué car il était plus que souhaitable par rapport à un no deal impliquant un retour des tarifs douaniers et des quotas. Cependant il restera le coût majeur du non-alignement du pays aux normes européennes. Le Royaume-Uni ne faisant plus partie de l’Union européenne, il n’y a plus de garantie juridique du respect de ces normes, d’où la restauration des contrôles de douane sur les produits importés dans l’Union européenne depuis le Royaume-Uni à partir du 1er janvier. Cette barrière non tarifaire représentera tout de même un coût pour les entreprises britanniques qui devront assurer la certification et la mise aux normes en amont et en aval de la production.

Le Royaume-Uni envisage-t-il de substituer les importations européennes ?

Un premier temps d’observation sera nécessaire pour voir comment survivent les entreprises des différents secteurs. Est-ce qu’il va y avoir une substitution rapide ou pas, ou bien est-ce que les frottements que le Brexit crée avec le marché unique seront compensés par un positionnement compétitif sur d’autres secteurs ? Je n’imagine pas les entreprises britanniques réaliser une logique de substitution de leurs échanges commerciaux européens, notamment avec d’autres partenaires plus éloignés, mais davantage une logique de compensation entre les secteurs à l’heure actuelle.

Quelles sont les alternatives du Royaume-Uni au marché unique ?

Il y a beaucoup d’incertitudes sur la stratégie post-Brexit présentée par Boris Johnson. Toute la stratégie de Global Britain – on va aller chercher plus loin des partenariats dans une logique de tout sauf européen – n’est pas quelque chose d’évident sachant que les Britanniques n’ont pas encore répliqué tous les accords commerciaux que les européens ont signé à travers le monde. Par ailleurs, la grosse offensive bilatérale avec les Etats-Unis risque d’être un peu plus compliquée avec un Joe Biden qu’un Donald Trump.

Quelle est la position commerciale du Royaume-Uni vis-à-vis des Etats-Unis ?

Donald Trump avait déroulé un tapis rouge à Boris Johnson sur les intentions de nouer un partenariat étroit avec les Britanniques, avec en arrière-pensée un objectif qui était une offensive forte vis-à-vis de l’Union européenne. Cela concerne notamment le secteur agroalimentaire en poussant le Royaume-Uni à faire des concessions sur le maintien des normes sanitaires et phytosanitaire européennes. Cela fait longtemps que les Etats-Unis cherchent à percer le marché européen notamment avec les OGM,  la viande aux hormones, etc.

D’autres secteurs seraient visés par les Etats-Unis ?

Oui, les Américains vont être très offensifs sur la question du numérique en essayant d’éloigner les Britanniques du système de protection RGPD. La question du transfert des données personnelles est restée en suspens dans l’accord. C’est assez étonnant que les Britanniques n’aient pas clarifié davantage leur position mais on voit bien qu’ils se laissent une certaine marge de souplesse dans les négociations avec les Etats-Unis. Cela vaut aussi pour l’agro-alimentaire : du fait que l'on n'a plus un alignement réglementaire au Royaume-Uni, il va y avoir une phase d’observation vigilante dans le post-Brexit pour voir s’ils décident de diverger. Pour l’instant ce n’est pas le cas mais reste à voir s’ils s’aligneront dans le cas où les Européens évoluent dans leurs normes.

Quel est l’impact de l’élection de Joe Biden ?

Joe Biden ne présente aucune appétence pour signer rapidement de nouveaux accords commerciaux car il accordera la priorité aux investissements domestiques avant de signer des accords bilatéraux. Donc compenser avec le marché américain, plus éloigné, ne sera pas si facile.

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