Comment l'Europe espère attirer la crème de la recherche américaine

Alors que Donald Trump mène une offensive inédite contre la science, la Sorbonne accueillait le 5 mai un sommet européen « Choose Europe for science ». Ursula Van der Leyen y a annoncé 500 millions d’euros destinés à l’accueil des chercheurs américains, Emmanuel Macron 100 millions supplémentaires issus de France 2030.

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AFP NE PAS REUTILISER Choose Europe for science
Ursula van der Leyen et Emmanuel Macron lors du sommet "Choose Europe for Science" le 5 mai à Paris.

Après avoir lancé le 18 avril dernier la plateforme «Choose France for Science», Emmanuel Macron organisait ce 5 mai à la Sorbonne un sommet «Choose Europe For Science», visant à répondre à l’offensive inédite de Donald Trump contre la science et à favoriser l’accueil des chercheurs américains contraints de s’exiler mais aussi à l’ensemble des talents étrangers.

En présence de quelques 800 participants, ministres européens de l’enseignement supérieur et de la recherche, commissaires européens, chercheurs et universitaires européens et américains mais aussi industriels réunis dans les locaux du prestigieux campus universitaire, la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen a annoncé quelques «500 millions d’euros de financements supplémentaires» sur la période 2025-2027.

Plusieurs initiatives déjà lancées par des centres de recherche et des universités françaises

De son côté Emmanuel Macron dit avoir sécurisé «100 millions supplémentaires» issus des fonds de réserve de France 2030 afin de «cofinancer» des recrutements de scientifiques dans les établissements français à hauteur maximum de 50%. Le reste du financement devra être trouvé auprès du secteur privé, mais aussi des collectivités locales, alors que de nombreux dispositifs en faveur de l’accueil des chercheurs américains ont déjà été lancés par des universités françaises (Aix-Marseille, Toulouse et Strasbourg), des écoles d’ingénieurs (PSL et CentraleSupélec), mais aussi par le CNRS et le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières sur leurs fonds propres. La Région Occitanie a par exemple annoncé le 5 mai son intention de débloquer une enveloppe globale de 2 millions d’euros pour soutenir cet effort.

Priorité aux domaines jugés stratégiques pour contrer le décrochage européen

L’objectif du président français : accueillir les chercheurs «du doctorant au prix Nobel, en passant par les post-docs, les professeurs juniors». Avec, pour seule exigence «la qualité des candidats». Car, la France l’assume, elle veut accueillir des chercheurs en péril, mais avant tout dans des domaines vus comme «stratégiques», à savoir l’intelligence artificielle, la recherche en santé, le climat, les études spatiales, l’électronique, les énergies décarbonées ou encore l’alimentation durable. Pour l’heure, selon le Président de la République, il y aurait eu quelques «30 000 connexions» sur la plateforme Choose France for Science, dont un tiers venant des Etats-Unis, et «une centaine de dossiers ouverts» a précisé le président français.

Plus largement, Emmanuel Macron a rappelé l’importance de travailler au rapatriement en Europe de base de données critiques comme les infrastructures de stockage pour les sciences du système Terre ou les Activités d’observation in situ de l’Océan. Mais aussi en bio-santé, où 5 des 30 bases de données du National institute of health (NIH) américain n’ont pas d’équivalent européen.

De son côté, Ursula Von Der Leyen a annoncé le doublement jusqu'en 2027 du «complément» versé aux bourses de recherche, mais aussi, à moyen et long terme, la volonté «d’atteindre l'objectif de 3% du PIB pour l'investissement dans la recherche et le développement d'ici à 2030» au sein des états membres. Un taux actuellement à 2,27% (contre 3,46% aux Etats-Unis) malgré des appels récurrents à l'augmenter. La présidente de la Commission européenne a également affirmé sa volonté «d’inscrire la liberté de la recherche scientifique dans le droit au moyen d'un nouvel acte législatif sur l'Espace européen de la recherche ».

La recherche française mitigée

Avant ces annonces en fin de matinée, des tables rondes portant sur le thème des libertés académiques et ou de la lutte contre les dépendances européennes en matière de recherche scientifique ont réuni des chercheurs établis aux Etats Unis comme Keith Martin, spécialiste en santé mondiale ou Camille Parmesan, écologue. Mais aussi des représentants de grands centres de recherche comme L'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) et d’entreprises comme Michelin, ASML ou Valéo.

Les représentants du monde français de la recherche ne se sont en revanche pas exprimés. Serait-ce parce que plusieurs chercheurs se sont montrés sceptiques face à l’initiative, alors que dans le même temps le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche a été amputé de près d’un milliard d’euros en 2025 ? Et que la France n’a cessé de décrocher ces dernières années dans le domaine scientifique, reculant en vingt ans de la sixième à la douzième place en terme de production scientifique ? «France 2030 porte des ambitions fortes, notamment dans la santé mais le manque de soutien crée un manque d’attractivité», déplore Alain Puisieux, président du Directoire de l'institut Curie, rappelant que la France se place à la douzième position mondiale pour l'effort de recherche.

«Envisager la situation actuelle comme une simple opportunité pour récupérer des talents ne nous parle pas», juge également Olivier Berné, astrophysicien au CNRS et porte parole du collectif Stand up for sciences. «Nos collègues français aux Etats-Unis nous disent qu’ils veulent rester. Pour ceux qui n’ont pas le choix, il existe déjà des dispositifs comme le programme PAUSE qui a été amputé de 60% lors du dernier budget» a-t-il ajouté, regrettant par ailleurs que l’Europe n’ait pas fait davantage pour les chercheurs argentins, brésiliens ou turcs.

Un effort symbolique

Loin de ces polémiques, les chercheurs américains présents le 5 mai à Paris, s'ils restaient prudents sur les candidatures à venir, semblaient plutôt saluer l’initiative. «100 millions c’est généreux mais aux USA nous avons un budget de recherche de six milliards de dollars pour la santé» a reconnu David Paltiel, professeur en santé publique à l’université Yale. Mais, a-t-il estimé, le symbole reste positif. «C’est une plateforme pour l’indépendance de la recherche, pour donner du courage à ceux qui ont peur de s’exprimer aujourd’hui dans les universités américaines par crainte d’être la prochaine cible».

Ce dernier a également appelés à «viser les jeunes chercheurs qui risquent de voir leurs rêves brisés» plutôt que «de se préoccuper d’attirer les plus grands scientifiques». Mais aussi à soutenir les programmes en cours à destination des populations les plus vulnérables, notamment en Afrique qui ont été brutalement interrompus. Des réalités auxquelles ce chercheur, comme l'ensemble de ses collègues américains, n'aurait pas pensé être un jour confronté.

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