Analyse

[Climato-éthique] Une troisième voie pour le capitalisme européen

L'analyse d'Anne-Sophie Bellaiche, cheffe du service économie et social de L'Usine Nouvelle.

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Jean-Dominique Senard
Entre le capitalisme d’État chinois et celui des Anglo-Saxons, Jean-Dominique Senard, le patron de Renault, milite pour reprendre la main sur nos normes financières et extra-financières.

Les entreprises européennes peuvent-elles s’engager sereinement sur le chemin d’un capitalisme responsable et soucieux des êtres humains et de la planète ? C’est leur volonté, mais cela reste très compliqué dans le cadre financier actuel, estime Jean-Dominique Senard, le président de Renault et instigateur du principe de la « raison d’être », qu’il a réussi à faire inscrire dans la loi française.

Entre le capitalisme d’État chinois et celui des Anglo-Saxons, le dirigeant prône une troisième voie, "qui serait parfaitement en accord avec les valeurs d’un continent qui a inventé l’économie sociale de marché et l’a inscrite dans les statuts de son Union dès 1958". Plutôt que de prôner un assouplissement des normes prudentielles des banques et des assurances, il milite pour reprendre la main sur nos normes financières et extra-financières imposées par le monde anglo-saxon : "Les normes comptables et financières créent une volatilité phénoménale car elles donnent la part belle à la “value”, c’est-à-dire la comptabilisation des actifs et des passifs en fonction de la valeur de marché et non pas la valeur du bilan."

Quant aux normes extra-financières adoptées par les agences de rating et les grands gestionnaires de fonds, elles sont, elles aussi, largement influencées par une vision américaine d’une mesure des risques selon leur seule matérialité financière. Bref, il est temps de reprendre notre indépendance en créant notre propre cadre. "Ces deux combats sur les normes financières et extra-financières sont la clé. Je crois que la nouvelle Commission peut y arriver, avec l’aide du Parlement, si elle prend le taureau par les cornes", veut croire Jean-Dominique Senard. Il y a urgence.

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