Analyse

"Choose France" pour les Chantiers de l'Atlantique

Devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a estimé le 28 janvier que les Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) avaient désormais les moyens de "voguer seuls". Pas d'inquiétude à ses yeux si jamais la Commission européenne s'opposait à son rachat par l'italien Fincantieri. L'analyse de Pascal Gateaud, rédacteur en chef de L'Usine Nouvelle.

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Chantiers de l'Atlantique
Les Chantiers de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) disposent d’un carnet de commandes bien rempli, leur assurant près de dix ans de visibilité.

Et si Bruxelles évitait à la France de brader l’un de ses bijoux industriels ? La Commission européenne doit dire, d’ici au 17 avril, si l’acquisition des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri ne nuit pas à la concurrence entre la future entité italo-française et son seul autre concurrent sur le Vieux Continent, l’allemand Meyer Werft. Les risques sont connus :

hausse des prix des navires de croisière, réduction du choix pour les compagnies de navigation, baisse de l’incitation à l’innovation...

En cas de refus par Bruxelles, qui rappellerait celui opposé au rachat d’Alstom par Siemens, faudrait-il, une fois de plus s’en prendre à la rigidité, pour ne pas dire à l’orthodoxie, de la Commission européenne en matière de concurrence ? Rien n’est moins sûr ! Car plus les mois passent et moins ce rapprochement apparaît indispensable.

Les Chantiers de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) disposent d’un carnet de commandes bien rempli, leur assurant près de dix ans de visibilité. Lundi 20 janvier, à la veille de la rencontre Choose France, à Versailles (Yvelines), entre des investisseurs étrangers et le chef de l’État, Emmanuel Macron, l’armateur italo-suisse MSC lui a passé une nouvelle commande pour deux paquebots, livrables en 2025 et 2027 et propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL).

Une marque de confiance accompagnée de deux protocoles d’accord. L’un porte sur le développement d’une nouvelle classe de paquebots au GNL. L’autre concerne la construction d’un nouveau prototype de bateaux propulsés pour partie à la voile. Les Chantiers de l’Atlantique travaillent depuis plusieurs années sur la technologie Solid Sail, une nouvelle génération de voiles en composites. Si ces protocoles sont confirmés, Saint-Nazaire devra construire treize paquebots supplémentaires pour MSC au cours de la décennie. S’y ajoutent cinq paquebots pour le groupe RCCL, quatre bâtiments logistiques pour la Marine nationale et trois sous-stations pour des parcs éoliens offshore.

De quoi rassurer les quelque 8 000 personnes qui travaillent quotidiennement sur le site et les près de 6 000 salariés en sous-traitance hors du site. Pour le dire autrement, une solution française est plus que jamais à trouver pour que le savoir-faire, l’innovation et l’emploi des Chantiers restent entiers !

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