C’est un dispositif pour lequel milite depuis plusieurs semaines la Plateforme automobile (PFA), l’instance présidée par l’ancien ministre Luc Chatel qui défend les intérêts de l’industrie française. Interrogé sur France Inter lundi 4 mai, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a annoncé l’examen d’un plan de soutien au secteur, à l’image de celui qui doit être examiné pour l’aéronautique. "Je propose que dès cette semaine nous examinions ce que pourrait être un plan de soutien à l’industrie aéronautique dans notre pays et […] que nous fassions la même chose pour l’industrie automobile", a déclaré le responsable politique.
Sans en préciser les contours, Bruno Le Maire a indiqué que ce plan dédié à l’automobile pourrait "passer par exemple par des soutiens à la demande, des soutiens à la consommation pour des véhicules électriques, propres". De quoi permettre de maintenir le cap de la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2) fixé à l’échelle de l’Union européenne. Dès 2020, les voitures neuves vendues sur le Vieux Continent doivent passer sous la moyenne de 95 grammes de CO2 par véhicule et kilomètre. Un objectif compliqué par la pandémie de Covid-19, qui a fait chuter les ventes de voitures… Et conduit certaines organisations à plaider pour son report.
Reprise des ventes incertaine
Dans un communiqué publié à la fin du mois d’avril, la Plateforme automobile plaidait pour une relance de la demande en deux temps : "stimuler le marché pour une reprise rapide en sortie de crise, afin de limiter l’effondrement sur l’ensemble de l’année" et "faire de la transition écologique un levier de relance". La première mesure "pourrait s’appuyer sur le dispositif existant de prime à la conversion (PAC)" indiquait alors l’organisation, tandis que la seconde passerait par "un soutien accru aux acheteurs de véhicules électrifiés et un plan d’investissement permettant d’accélérer le déploiement des infrastructures de recharge".
Car rien ne garantit que les acheteurs se ruent sur l’automobile, malgré la levée progressive du confinement dans plusieurs pays d’Europe et attendue à partir du 11 mai en France. Face à la crise engendrée par le Covid-19, les acheteurs pourraient décider de retarder l’achat d’un véhicule. Dans une étude publiée à la fin du mois de mars, le cabinet de conseil C-Ways estime qu’un recul du PIB de 6 à 7% en France en 2020 pourrait engendrer une chute des ventes allant jusque 22% sur l’année, pour des volumes proches de 1,7 million de voitures. "Pour les ménages, la chute sera plus forte en 2020. Jusqu’à -30% et 700 000 immatriculations sur l’année", ajoute le cabinet.
Recul de 88% en avril en France
De quoi susciter l’inquiétude de la filière, qui a déjà enregistré deux mois d’arrêt quasi-complet de l’activité. En France, les ventes de véhicules légers (particuliers et utilitaires) ont chuté de 87,9% en avril, faisant suite à un recul de plus de 70% en mars, d’après les données du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA). Un écroulement visible également à l’échelle de l’Europe. L’Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) a fait ainsi état d’un recul de 55,1% des immatriculations de voitures particulières en mars, et de 47,3% pour les véhicules commerciaux au cours du même mois.
Un arrêt brutal qui pèse sur les ventes des entreprises du commerce automobile. Dans une étude publiée le 21 avril et réalisée auprès de 5 000 entreprises de tailles variées, le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) estimait que "pour les secteurs de la vente et de l’après-vente automobile, la baisse d’activité [était] respectivement de 66,5% et de 85%".
La pandémie de Covid-19 touche aussi fortement l’amont du secteur automobile. Dans un tel contexte, la Commission européenne a approuvé à la fin avril l'octroi d'un prêt de 5 milliards d'euros de l'Etat français à Renault, dont les ventes se sont fortement contractées depuis le début de la crise sanitaire.



