Cancers, maladies orphelines... Marseille en pointe dans les thérapies du futur

Dans la métropole de Marseille, entreprises et centres de recherche accélèrent pour lutter contre les cancers et les maladies dégénératives et orphelines, s’attirant le soutien d’acteurs internationaux.

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À Luminy, le Biopark, qui héberge le spécialiste de l’immuno-oncologie Innate Pharma, va doubler sa capacité, à 30 start-up.

Seize ans après sa première structuration d’une filière biotech, Marseille récolte les fruits de ses efforts. La métropole engrange des projets qui attestent d’un changement de regard. "Lors du congrès Biofit, qui s’est tenu en décembre, nous avons reçu une cinquantaine de porteurs de projet, pour moitié étrangers. Ils ont perçu la dynamique en marche. Les réussites locales contribuent à mieux identifier cette filière stratégique", explique Laurent Meyer, le directeur de l’association Grand Luminy. Celle-ci anime le campus où ont émergé les premières start-up (Innate Pharma, Ipsogen, Trophos…) sur les bases du Centre d’immunologie de Marseille Luminy (CIML), ainsi que la pépinière de biotechs où résident quatorze entreprises.

Si certaines jeunes pousses n’ont pas tenu les promesses de leur R & D ou ont été absorbées (Trophos par les laboratoires Roche, Ipsogen par Qiagen…), d’autres grandissent avec des références mondiales. ImCheck Therapeutics, spécialisé dans les anticorps contre le cancer et les maladies auto-immunes, a levé 48 millions d’euros en décembre, avec Pfizer et Bpifrance en chefs de file d’un pool d’investisseurs. "Nous pouvons mettre en place nos opérations cliniques et développer notre présence aux États-Unis", annonce Pierre d’Epenoux, son président.

C’est aussi pour explorer le marché américain avec ses tests de diagnostic en immuno-oncologie qu’HalioDx, dirigé par Vincent Fert (déjà cofondateur d’Ipsogen), a levé 26,5 millions d’euros entre 2015 et 2018. Son innovation, Immunoscore, a démontré son "utilité clinique" dans le cancer du côlon. Quant à Innate Pharma, fort de son partenariat multiproduits avec AstraZeneca pour des candidats médicaments en immuno-oncologie, son entrée au Nasdaq en 2019 est jugée par le président de son directoire, Mondher Mahjoubi, comme "une étape cruciale". L’entreprise ambitionne un leadership mondial, difficile à atteindre sans cette expansion aux États-Unis.

Partenariats internationaux

La visibilité marseillaise s’accroît, de plus, par l’implication de ces sociétés dans des projets de recherche internationaux. On les retrouve avec AstraZeneca dans The Pioneer Project du cluster Marseille Immunopôle et de ses partenaires (Aix-­Marseille Université, Inserm, CNRS…), dont le but est de comprendre les résistances à l’immunothérapie dans le cancer du poumon. Plus de 100 scientifiques, trois pays, huit laboratoires de recherche et onze hôpitaux y sont associés.

Dans le domaine des troubles neurologiques, ­Yehezkel Ben-Ari a cofondé, à Marseille Luminy, Neurochlore, qui coopère avec Servier sur l’autisme. Déjà à l’origine de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée (Inmed) et de la société B & A Therapeutics axée sur la maladie de Parkinson, le chercheur songe à établir à Luminy un autre institut de recherche sur les maladies cérébrales. "La filière est récompensée de sa persévérance, assure Émilie Royère, la directrice du pôle de compétitivité Eurobiomed. Ces ­investisseurs et “big pharmas”, ­notamment autour de Marseille Immunopôle, confirment son potentiel international. Maintenant, il faut créer de nouveaux lieux d’accueil."

La carence devrait être comblée, la métropole ayant adopté une feuille de route HealthTech pour "une offre immobilière adaptée et de qualité". Le besoin est sensible. L’agence économique Provence Promotion met en lumière, après trois années consécutives de baisse des installations en santé biotech, un renouveau, avec neuf projets en 2019. Une extension du Luminy Biopark se profile autour d’Innate Pharma et du démonstrateur français MI-mAbs (Marseille Immunopôle monoclonal antibodies). La pépinière pourra doubler sa capacité, de 15 à 30 entreprises, et faciliter la sortie des sociétés en quête d’agrandissement. L’hôpital Sainte-Marguerite va être reconfiguré d’ici à 2021 en pôle d’hébergement de start-up et de recherche privée.

Sur ces sites, les entreprises, existantes et futures, pourront bénéficier d’un suivi personnalisé grâce à l’accélérateur Go4BioBusiness, mis sur pied en 2017 avec la Région, et au partenariat de valorisation industrielle entre Eurobiomed et le Canceropôle Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Fonds régional public-privé

Sur le plan financier, les sociétés les plus prometteuses des biotechs, medtechs, diagnostic, e-santé et bio-informatique pourront s’appuyer dès 2020 sur First. Ce premier fonds régional public-privé en sciences de la vie a été lancé par Dhune, un programme de recherche sur les maladies neuro­dégénératives et le vieillissement, et par l’association ProFirst, avec 100 millions d’euros à lever. L’ensemble fournira un socle à l’essor, dès 2023, dans les maladies rares et orphelines, de Giptis, l’institut euroméditerranéen de lutte contre les maladies génétiques. Au prix d’un investissement de plus de 70 millions d’euros, le lieu concentrera 500 chercheurs, médecins, entrepreneurs, associations de malades et d’aidants… Pour son initiateur, Nicolas Levy, le chef du département de génétique médicale du CHU de la Timone, à Marseille, où il se situera, "les maladies rares concernent 3 millions de personnes en France, 50 millions en Méditerranée, et 95 % des malades n’ont aucun accès à un traitement efficace. Giptis va changer la donne". Et attirer peut-être la "big pharma" que Marseille espère toujours…

Sophia Antipolis amortit  le choc Galderma avec un Bioparc 

En 2017, Nestlé programme le départ de Galderma, le laboratoire de dermatologie employant 550 salariés à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), où il se déployait depuis 1981. Dès fin 2018, le site libéré enregistre la reprise de 210 personnes grâce à l’arrivée du groupe allemand Nuvisan (développement de médicaments), de l’américain Syneos Health (thérapies biopharmaceutiques), de Palm’Data, IQualit et Bionea Lab ("spin-off" d’ex-salariés de Galderma), d’E-Phy-Science (recherche) ainsi que de Sodexo, pour la maintenance. Aujourd’hui, le lieu est occupé à 75 %, selon Pierval Santé, qui a acquis en juin 2019, pour 27 millions d’euros, les 8 hectares de terrain et les 7 bâtiments de 20 000 m2 et promeut le site comme"un campus de recherche pharmaceutique". Pour Philippe Servetti, le directeur de l’agence économique Team Côte d’Azur, "un tiers des implantations en 2019 dans les Alpes-Maritimes relève des dispositifs médicaux et des solutions d’intelligence artificielle pour la santé. En plus des compétences de ses collaborateurs, l’ex-site de Galderma abritait des salles blanches et des équipements techniques très bien entretenus. C’est devenu une opportunité pour des sociétés spécialisées, les promoteurs immobiliers hésitant à spécialiser en "santé" des réalisations, en raison d’un surcoût de 25 à 30 % de l’investissement". D’autres installations sont prévues.

 

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