Sur les dix dernières années, les fonds de capital-développement dans lesquels Bpifrance investit ont consacré un tiers du montant de leurs investissements à l’industrie. Les services ont eux capté 40% de leurs investissements, tout en sachant que la santé, comptabilisée à part, pèse à elle seule 10%. « Nous voudrions qu’il y ait plus d’industrie, nous allons pousser dans ce sens », a déclaré Benjamin Paternot, le directeur exécutif en charge de l’activité fonds de fonds de Bpifrance, lors d’un bilan organisé mercredi 8 juin à Paris. Celui-ci avait lieu en amont de l’édition 2022 de Capital invest, un événement dédié aux 500 fonds dans lesquels Bpifrance est souscripteur, qui se tient jeudi 9 juin dans la capitale.
« Nous allons investir dans des fonds destinés aux start-up à vocation industrielle, dont l’activité nécessite de mettre en place des activités de production, ainsi que dans des fonds de capital-développement spécialisés dans les PME s’inscrivant dans une logique de réindustrialisation, poursuit Benjamin Paternot. Cela signifie que ces PME vont ouvrir de nouvelles unités de production en France ou y relocaliser le développement de nouveaux produits. » Pour ce faire, l'institution s’appuiera sur un fonds national de venture industriel annoncé en janvier dernier par le gouvernement dans le cadre de son plan dédié aux start-up industrielles.
Record d'investissements en 2021
En 2021, 260 fonds « partenaires » de Bpifrance ont été actifs en réalisant au moins un investissement, principalement en capital-risque ou en capital-développement. Cela représente un total de 1 177 opérations pour 7 milliards d’euros investis dans les entreprises non cotées, contre 4 milliards en 2019 et un peu plus de 1 milliard d’euros à la création de Bpifrance en 2012. Sur ces 7 milliards d’euros, environ 1,2 milliard ont bénéficié à l’industrie, le même montant que celui consacré à la santé.
Malgré une hausse générale des coûts qui complexifie l’équation de beaucoup d’entreprises, Benjamin Paternot se dit assez confiant pour 2022. « Le démarrage de l’année est plutôt positif. A la fin de l’année, Bpifrance aura investi un montant globalement équivalent par rapport à l’année dernière en fonds de fonds. » Fin juin, la banque aura engagé 700 millions d’euros dans une trentaine de fonds. En 2021, Bpifrance avait déployé un montant record de 1,5 milliard d’euros sur l’année, dont 850 millions de fonds propres et le solde pour le compte de tiers comme les assureurs.
La décarbonation devient incontournable
Mais ce qui rassure plus largement Benjamin Paternot, c’est la «poudre sèche» à disposition des fonds partenaires. En clair, il s'agit des «réserves» de capitaux à disposition des sociétés de gestion pour investir ou réinvestir dans les entreprises. Cette poudre sèche s’élève à 23 milliards d’euros en 2021, dont 11 milliards sur le segment des start-up et 12 milliards d’euros concernant les PME et les ETI. «C’est important d’en avoir dans un contexte d’incertitudes. Nous avons les moyens d'accompagner les entreprises en cas de période à venir plus compliquée, affirme Benjamin Paternot. Mais il est très difficile de savoir ce qui va se passer au second semestre.» Le spécialiste rappelle par ailleurs que les investissements effectués pendant les crises tendent plutôt à surperformer dans la durée. Encore faut-il que la crise reste passagère.
En sus de l’industrie, Bpifrance oeuvrera à l’internationalisation des fonds pour attirer davantage les investisseurs étrangers et au développement des fonds dits « crossover » spécialisés dans le financement d’entreprises innovantes avant l’introduction en Bourse. Le sujet de la décarbonation devient également incontournable. «Cela devient très difficile pour nous d’investir dans des fonds qui n’ont pas de dispositif de décarbonation de leur portefeuille», prévient Benjamin Paternot. La transition écologique n'est pas seulement l'affaire des entreprises.



