Nouvelle déception et nouveau coup dur pour les salariés de l'usine Bosch de Rodez (Aveyron). Le projet d'industrialiser sur le site aveyronnais un nouveau système d'alimentation en énergie électrique fonctionnant à l'hydrogène, dédié aux groupes frigorifiques qui équipent les semi-remorques du transport routier à température dirigée, est suspendu sine die. La décision vient d'être annoncée par la direction du groupe allemand, le 21 juin à Stuttgart, à l'occasion d'une rencontre organisée à la demande des représentants des salariés du site aveyronnais. L’ambition était de produire à Rodez une solution clé en main qui puisse être intégrée sur tous les types de semi-remorques réfrigérées, neuves ou d’occasion.
Pour justifier sa décision, la direction allemande évoque un marché de l'hydrogène pas suffisamment mature sur ce segment du transport routier. «Nous devons suspendre le projet, probablement pendant plusieurs années», a tenu à préciser un porte-parole du groupe à L'Usine Nouvelle, sans indiquer pour autant de calendrier. «C'était la principale piste de diversification engagée par le groupe allemand pour assurer une transition pérenne du site de Rodez», se désole Pascal Raffanel, délégué syndical CFE-CGC chez Bosch et élu au CSE.
Le projet, baptisé FresH2, devait initialement mobiliser 170 personnes d'ici 2025 à Rodez et 230 à fin 2028. «Un enjeu important qui devait assurer près de la moitié des emplois du site aveyronnais à cet horizon», rappelle le délégué syndical. Accompagné par l'Ademe, dans le cadre du PIA (Programme d'investissements d'avenir), FresH2 a déjà mobilisé pas loin de 11,5 millions d'euros en R&D.
Identifier des solutions alternatives d’ici fin 2023
Initialement positionnée dans la fabrication de composants pour les moteurs diesel (bougies, buses et systèmes d'injection), l'usine Bosch de Rodez n'en finit donc pas de panser ses plaies. Signé en décembre 2021, un accord de transition devait ouvrir la voie à une transformation radicale du site industriel avec une sortie progressive du tout-diesel. Cet accord, qui engage Bosch à mettre en œuvre de nouvelles productions, prévoit de ramener l'effectif global du site de Rodez à 513 postes à fin 2025, (contre 1250 à fin 2021). Il est également assorti d'un engagement de maintenir ce niveau jusqu'à fin 2028. A mi-2023, les effectifs du site aveyronnais ont déjà été ramenés sous la barre des 750 salariés. Mais la diversification peine à se mettre en place. Un atelier d'usinage a été installé pour réinternaliser des productions, mais à ce jour, il s'agit principalement de pièces mécaniques pour la motorisation diesel de poids lourds.
Les représentants des salariés avaient déjà fait part à plusieurs reprises de leur inquiétude concernant le retard dans la concrétisation de nouveaux projets hors diesel. L'annonce de la suspension du projet FresH2 n'est donc pas faite pour les rassurer. De son côté, la direction du groupe se veut encore une fois rassurante. L'engagement de maintenir un peu plus de 500 emplois à Rodez devra néanmoins passer par d'autres solutions. La direction allemande assure être en mesure d'ici fin 2023 d'identifier de nouvelles pistes alternatives. A suivre.



