Fondée en 2014 au Luxembourg, la start-up Space Cargo Unlimited s’est dotée d’une mission digne d’un film de science-fiction : envoyer une usine dans l’espace. Conçu par Thales Alenia Space, REV1 est présenté comme «le premier véhicule spatial automatisé réutilisable et dédié à la fabrication en orbite». Il devrait prendre la forme d’un vaisseau de 4,5 mètres de longueur et disposer d’une capacité d’une tonne. De quoi embarquer des imprimantes 3D, des bioréacteurs ou des conteneurs passifs, selon les besoins des clients. Space Cargo Unlimited envisage déjà des applications, de l’électronique à la médecine, en passant par les cosmétiques.
«En l’absence de gravité terrestre, les spécialistes de la construction pourraient concevoir des matériaux plus homogènes et les géants de la pharmacie profiter d’une meilleure cristallisation des protéines», estime son PDG, Nicolas Gaume, qui entrevoit «une révolution industrielle» et assure que plusieurs groupes ont déjà manifesté leur intérêt. À tel point que la concurrence s’annonce rude. La start-up américaine Varda Space Industries, au projet similaire, espère envoyer sa première mini-usine dans l’espace dès 2023, soit deux ans avant Space Cargo Unlimited. Airbus s’intéresserait aussi au sujet. «Cela prouve le potentiel du marché de la fabrication dans l’espace, qui devrait peser 20 milliards de dollars dès 2035», réagit Nicolas Gaume.
Des datacenters alimentés à l'énergie solaire
Pour Thales Alenia Space, l’espace pourrait accueillir bien plus que la production industrielle. La coentreprise de Thales et de l’italien Leonardo va étudier la possibilité – via une étude de faisabilité confiée par la Commission européenne – d’y installer des datacenters pour qu’ils soient uniquement alimentés à l’énergie solaire. Avec l’objectif d’en réduire l’impact environnemental. Pour délivrer une puissance de plusieurs centaines de mégawatts et couvrir les besoins de millions d’utilisateurs d’internet, la centrale de panneaux voltaïques construite dans l’espace devra avoir une surface de plusieurs kilomètres carrés. Soit une dizaine de fois la superficie de la station spatiale internationale !
Cela implique de faire un bond en matière de robotique spatiale, pour assembler de manière automatisée la centrale et le datacenter, d’abord montés en pièces détachées par une fusée sur une orbite de stockage. D’où l’autre défi : concevoir et construire un lanceur européen capable d’apporter des milliers de tonnes d’équipements dans l’espace. À l’image du futur Starship, développé par l’entreprise américaine SpaceX et pouvant transporter une centaine de tonnes de matériels. Autant de projets qui montrent que les «délocalisations» permises par la démocratisation de l’accès à l’espace n’ont plus de limites...

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3714 - Janvier 2023



