[Édito] BASF renoue avec la « vraie » chimie

BASF va se recentrer sur quatre grands piliers – les produits chimiques, les matériaux, les solutions industrielles et la nutrition et le soin -, au détriment des catalyseurs automobiles, du traitement de surface, des matériaux cathodiques pour batteries, des revêtements et des produits pour l’agriculture. Son modèle de Verbund s'affirme comme une opportunité d'accélérer la décarbonation de l'industrie chimique et de tous ses clients en aval.

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Le modèle du Verbund, qui prône une production intégrée au coeur de méga-sites, est au coeur de la stratégie de BASF. @BASF

BASF s’est longtemps appelé « The chemical company ». Mais, ces dernières années, il s’était peut-être fourvoyé sur des chemins en aval, complexifiant sans cesse son portefeuille et son organisation. D’où la décision audacieuse de Markus Kamieth, son nouveau dirigeant, de recentrer l’entreprise sur son ADN de fournisseurs de produits chimiques de base, d’intermédiaires et d’ingrédients pour une grande variété d’acteurs des spécialités, souvent des pure players, voire d’autres industries, telles que l’électronique, la santé ou l’énergie. À ceci près que BASF veut devenir : « The green chemical company » !

Si le géant de la chimie a décidé de faire du ménage dans son portefeuille, c’est parce que ses performances globales n’étaient plus au rendez-vous. Son choix s’est porté sur quatre grands piliers – les produits chimiques, les matériaux, les solutions industrielles et la nutrition et le soin représentant plus 40 Mrds € de chiffre d’affaires en 2023 -, au détriment des catalyseurs automobiles, du traitement de surface, des matériaux cathodiques pour batteries, des revêtements et des produits pour l’agriculture. Non pas que ces activités délaissées, représentant 25,2 Mrd € de CA, n’aient plus d’avenir. Les produits pour l’agriculture pourraient être introduits en Bourse, et les matériaux pour batteries trouver un partenaire ou repreneur pour tirer pleinement partie de la croissance du marché des batteries. Tant pis pour sa place de numéro un mondial. BASF préfère retrouver ses fondamentaux et mettre en place une stratégie plus cohérente, qui s’appuiera sur ses fameux Verbund, des sites géants, parfaitement intégrés, installés sur trois continents.

Markus Kamieth en est convaincu : “ La chimie reste une industrie attractive. Elle continue à croître et elle est essentielle pour la transformation de l’industrie en aval ». Excellente nouvelle, pour l’Europe et sa souveraineté en chimie amont, car Ludwigshafen, en Allemagne, va rester au centre du jeu. Certes, le site va connaître des ajustements avec d’inévitables suppressions de postes, des fermetures d’ateliers - seuls 700 ateliers, sur un total de 900, seraient compétitifs - et une digitalisation accrue pour gagner en compétitivité. Le groupe vise des économies annuelles d'environ 2,1 Mrds € d'ici à la fin de 2026, notamment en réduisant les coûts à Ludwigshafen. Mais le patron croit dans ce modèle de Verbund qui offre également à l’industrie européenne une chance unique de se décarboner. Effectivement, dans ce type d’installations, il suffit d’ajuster les intrants et leur préférer des versions renouvelables, avec de l’électricité renouvelable, du biogaz, de l’hydrogène vert, du bionaphta ou de l’huile de pyrolyse issue du recyclage de plastiques usagers. Le Verbund fait le reste. En déroulant tout son savoir-faire de chimiste au départ d’un éthylène et d’oléfines bas carbone produits dans le vapocraqueur, il permet de fournir des produits chimiques bas carbone à toutes sortes de clients, souvent prêts à payer un prix premium pour leur décarbonation.

Le Verbund de Zhanjiang, réservoir de croissance

Cependant, Ludwigshafen gardera une vocation européenne. Pour assurer l’essentiel de sa croissance dans les cinq ans à venir, BASF devra s’appuyer sur un septième specimen, le Verbund de Zhanjiang en Chine qui entrera en pleine activité en 2025-2026. Il devrait générer 4 à 5 Mrds € de revenus supplémentaires d’ici à 2030, alors que le géant allemand lui a consacré 10 Mrds € d’investissements. La Chine, mais aussi l’Inde, mobilisent toute l’attention du chimiste, au sein d’ensemble de sept pays asiatiques qui devraient concentrer 80 % de la croissance du marché de la chimie d’ici à 2035.

En chiffres, cette réorganisation se concrétise par des objectifs ambitieux : un Ebitda de 10 à 12 Mrds € d’ici à 2028, un investissement annuel en Capex de 17 Mrds €, une croissance projetée de 5 à 9 %, et une redistribution de 12 Mrds € en dividendes aux actionnaires entre 2025 et 2029. Si les marchés financiers ont accueilli ce plan avec réserve, on ne peut que saluer le courage d’un acteur européen prêt à miser sur une chimie essentielle, en concurrence frontale avec des acteurs asiatiques particulièrement conquérants.

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