Tribune

[Avis d'expert] L’industrie circulaire, c’est maintenant

La crise du Covid est venue renforcer l’action pour préserver la planète et protéger la biodiversité. La loi Climat et résilience, actuellement débattue à l’Assemblée nationale, se concentre sur les comportements du citoyen-consommateur. C’est une première étape. Mais il est temps également de lancer la transformation de l’industrie, qui représente 40% des émissions de gaz à effet de serre, estiment  Grégory Richa, associé au sein du cabinet OPEO, et Emmanuelle Ledoux, la directrice générale de l'Inec. Pour eux, l’heure est venue de transformer l’ensemble de nos chaînes de valeur et d’engager le pivot vers une industrie circulaire.

 
 Emmanuelle Ledoux et Grégory Richa
Emmanuelle Ledoux et Grégory Richa sont les co-auteurs d'une étude intitulée "Pivoter vers l’industrie circulaire. Quels modèles ? Comment accélérer ?"

Moins de 5 %. C’est l’empreinte environnementale des cœurs d’usine. C’est pourtant là qu’ont été concentrées les transformations industrielles des dix dernières années.

Si les progrès réalisés ont permis d’impulser un regain de l’activité industrielle et une revitalisation des territoires, l’industrie 4.0 dans sa forme actuelle reste inadaptée aux enjeux de notre siècle.

Le modèle de l’industrie actuelle est linéaire. Il consiste à "extraire, produire, consommer et jeter", avec comme principe directeur la recherche d’une croissance infinie. Or, les ressources sur lesquelles se fonde cette croissance ne le sont pas et les impacts environnementaux de notre modèle de société se font de plus en plus alarmants.

Épuisement des ressources, dérèglement climatique, fragilité des supply chains, crise de sens : pour faire face aux bouleversements environnementaux et économiques d'aujourd'hui, l’industrie du futur devra également transformer l’ensemble des chaînes de valeur, de l’amont (les ressources) à l’aval (l’usage des produits), en pivotant vers l’industrie circulaire.

Pivoter vers l’industrie circulaire, une source d'innovation

Aujourd'hui, 85 % des dirigeants industriels (1) considèrent que l’économie circulaire est une opportunité pour développer de nouveaux marchés et améliorer l’impact environnemental de leurs activités. Leurs motivations dépassent ainsi la volonté de répondre aux seules contraintes réglementaires, longtemps motrices de la transition écologique.

Des acteurs se sont donc engagés dans la circularité et ont développé des modèles économiques inspirants. Des PME comme Blackstar, aux grands groupes comme Schneider Electric, en passant par les ETI comme Armor : tous se mobilisent, innovent et participent à l’émergence d’une économie véritablement circulaire. Il s’agit dorénavant d’accélérer le passage à l’échelle de ces modèles et de transformer les standards et les chaînes de valeur industrielles.

Durabilité des ressources, extension de la durée de vie et régénération des produits et des matériaux, l’économie circulaire est une source d’innovation immense et pourtant peu explorée. Elle doit être au fondement des modèles des entreprises, bien en amont du recyclage.

Externalités positives

À la clé pour les entreprises, de nombreux bénéfices : nouvelles formes de valeur, coûts optimisés, supply chains sécurisées, empreintes matières et carbone réduites. Pour opérer ce pivot, les industriels devront repenser le design de leurs produits et adapter leurs modèles industriels autour de produits devenus plates-formes d’usages.

Les externalités positives de ce pivot dépassent les entreprises et concernent l’ensemble de la société. Elles permettent d’imaginer un futur positif grâce à une « économie du PIB local » pérenne, collaborative, qui dynamise les écosystèmes territoriaux et respecte les limites des ressources planétaires.

L’atteinte d’une plus grande résilience et la réduction des bouleversements climatiques dépendent de cette transformation : l’industrie doit devenir circulaire, et ce, dès maintenant.

Trois ans pour amorcer le changement

Un pivot global ne pourra advenir qu’avec la structuration d’un cadre. Plus qu’un simple soutien, il doit accompagner et privilégier sur le long terme l’industrie circulaire. Dès à présent, ce cadre doit encourager et faciliter les innovations.

La loi Climat et résilience, qui contient nombre de mesures sur le changement de comportement du citoyen-consommateur, est une première étape. Néanmoins, elle doit se coupler d’une réflexion plus globale sur l’offre et les processus de production. Réduction de la TVA pour le réemploi, taxe carbone aux frontières pour la circularisation des chaînes de valeurs, nouveau cadre assurantiel pour l’économie de la fonctionnalité, renforcement des clauses de circularité dans la commande publique : c’est bien l’ensemble du cadre fiscal, réglementaire et social dont doit s’emparer le politique.

Avec le plan de relance et les différentes lois sur l’environnement, tant au niveau national qu’européen, une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour faire de l’économie circulaire la boussole de la réindustrialisation. Elle doit être investie pour enclencher une véritable transition structurelle sous les trois ans et engager une transition aussi ambitieuse que vitale pour le futur de nos sociétés.

Par Emmanuelle Ledoux, directrice générale de l’Inec, et Grégory Richa, associé au sein du cabinet OPEO, et co-auteurs de l’étude « Pivoter vers l’industrie circulaire. Quels leviers ? Comment accélérer ? » 

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle

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(1) Chiffre extrait de l’étude « Pivoter vers l’industrie circulaire. Quels modèles ? Comment accélérer ? » menée par OPEO et l’Inec, parue le 7 avril.

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