Avec son nouveau fonds, Bpifrance veut aider les start-up industrielles à créer des usines en France

La banque publique de l’innovation Bpifrance annonce le lancement, ce mercredi 15 mars, d’un nouveau fonds d’amorçage de 50 millions d’euros dédié aux start-up industrielles. Avec cet outil, Bpifrance entend répondre aux difficultés de financement de jeunes pousses au profil très différent des très courtisées deeptechs.

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Angell bike
Les vélos électriques Angell sont l’archétype des projets recherchés par le nouveau fonds.

C’est une catégorie de start-up industrielles encore mal financées à laquelle s’attaque Bpifrance à partir de ce 15 mars. La banque publique de l’innovation annonce le lancement d’un nouveau fonds, Bpifrance amorçage industriel, doté de 50 millions d’euros et opérationnel dès le deuxième trimestre 2023. Celui-ci prendra des participations minoritaires dans des jeunes pousses qui veulent expérimenter la production en série (avec une première ligne de production par exemple), à travers des tickets allant de 250 000 euros à deux millions d’euros.

En complétant son continuum de financement de l’innovation avec cet outil, Bpifrance espère dynamiser encore davantage le tissu de start-up industrielles françaises pour atteindre son objectif de 100 inaugurations d’usines innovantes par an à l’horizon 2025. Le nouveau fonds ciblera pour ce faire des start-up en phase d’industrialisation et engagées dans une démarche d’innovation incrémentale, par opposition aux deeptechs qui portent des innovations de rupture fortement capitalistiques. «De plus en plus de sociétés de ce type venaient toquer à notre porte dans le cadre de notre stratégie start-up industrielles mais nous n’avions pas de fonds pour investir en direct sur ce segment de l'innovation incrémentale, raconte Raphaël Didier, qui pilote le plan start-up et PME industrielles de Bpifrance, à L’Usine Nouvelle. Plus généralement, il existait un trou dans la raquette sur le marché.»

Le prérequis du "made in France"

Les start-up visées développent des produits "qui ne nécessitent pas de composants ou de savoir-faire hautement techniques" mais auront une "capacité de différentiation […] forte", indique Bpifrance dans un communiqué à paraître. Les vélos électriques Angell, assemblés chez Seb, sont l’archétype des projets recherchés par le nouveau fonds. «Ils doivent avoir leur site de production en France ou un réseau de sous-traitants français», confirme Raphaël Didier. Des jeunes pousses de l’électroménager (lave-linge, lave-vaisselle…), de la mobilité (vélos, trottinettes…) et de la construction ont commencé à être identifiées.

Ces entreprises peinent pour l’instant à trouver des financements en capital auprès d’investisseurs privés en vue de passer du prototype à la ligne de production pilote, puis à la première usine. «Elles nous disent que c’est la croix et la bannière», rapporte Raphaël Didier. Pourtant, «le chemin vers l’industrialisation des innovations incrémentales est par nature plus rapide et moins risqué que celui des innovations de rupture», souligne Paul-François Fournier, le directeur exécutif de Bpifrance en charge de l’innovation. Les entreprises qui les portent représentent donc «un levier majeur de renforcement du tissu industriel français», dixit Paul-François Fournier.

Au moins 400 entreprises identifiées

Par rapport aux jeunes pousses contraintes par de longs cycles de R&D, ces start-up sont confrontées à des risques techniques et réglementaires plutôt modérés, laissant espérer des créations d’usines plus rapides. «Jusqu’ici, nous sommes passés du numérique directement à la deeptech, mais ce fonds est une première brique que nous proposons sur un autre type d’innovation, ajoute Paul-François Fournier. Nous allons apprendre avec l’écosystème et nous pourrons développer d’autres outils pour la suite de l’histoire.»

A fin 2022, au moins 400 entreprises correspondaient à la thèse d’investissement de Bpifrance amorçage industriel, selon une analyse non exhaustive de la banque. En 2021, moins de 40% de ces start-up avaient levé des fonds. Parmi ces 40%, seulement la moitié avait levé un montant supérieur à 1,5 million d’euros.

Entraîner les fonds privés

Pour participer à la levée de fonds d’une de ces start-up, Bpifrance amorçage industriel veillera à être accompagné d’un investisseur privé avec une expertise technique ou sectorielle susceptible d’aider l’équipe dirigeante. Comme souvent, la banque publique tentera de créer un effet d’entraînement des fonds privés pour mieux financer ces start-up. «Notre travail a toujours été de provoquer cet effet pour rendre des thèses d’investissement rentables à terme, rappelle Paul-François Fournier. La baisse des impôts de production et les financements significatifs en faveur de la relocalisation nous incitent à poursuivre cet effort de réindustrialisation.» Des gestionnaires de grandes fortunes, des fonds régionaux et des sociétés de capital-risque d’industriels font figure de co-investisseurs très probables. La région Auvergne-Rhône-Alpes a l'ambition de créer dans l'année un nouveau fonds de 50 millions pour les start-up industrielles par exemple. Certains fonds soutenus par le nouveau Fonds national de venture industriel pourront aussi intervenir comme co-investisseurs.

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