Avant le Moyen Orient, d'autres précédents appels au boycott de produits français

Samedi 24 octobre a été lancé, sur les réseaux sociaux du Moyen-Orient, un appel au boycott des produits français en représailles aux déclarations d'Emmanuel Macron sur les caricatures du prophète Mahomet. Ce mouvement, soutenu depuis par le président turc Recep Tayyip Erdogan, n'est pas le premier. L'Usine Nouvelle revient sur les précédents... et leurs conséquences pour les entreprises françaises.

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La France a connu de précédents appels au boycott de ses produits, comme en 2003, lorsqu'elle a exprimé son opposition à une intervention américaine en Irak.

2003 et le boycott des "French Fries"

En 2003, alors que la France exprime son opposition à une intervention américaine en Irak, certains politiques relayés par des médias conservateurs appellent à un boycott des produits français. Parmi les produits concernés : les vins, les fromages, "essentiellement des produits haut de gamme", précise Thierry Pouch, responsable du service Études Références et Prospective de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture.

Bien qu'il n'ait que peu duré, ce boycott a toutefois eu des impacts notamment sur les exportations de vins. Sur l'année 2003, les volumes de vin français envoyés aux Etats-Unis ont diminué de 13%. "Ils ont toutefois été compensés par un effet valeur", commente l'économiste.

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Une étude de l'université de Virginie, publiée en 2010, chiffre elle, sur la semaine du 16 mars 2003, à 0,4% la part de marché perdue par les marques dont le nom avait une "consonance" française. "Au total, cela correspond à une perte de 43 millions de dollars sur cette même semaine" établissent les auteurs de l'étude qui précisent que la baisse était particulièrement marquée dans les supermarchés fréquentés par des citoyens de nationalité américaine.

Ces pertes se sont toutefois rapidement résorbées : "En 2004, les exportations de vin français ont même été supérieures à celles de 2002. Il n'y a donc pas d'effet de traine", souligne l'agroéconomiste Jean-Marie Seronie. 

2008 et les représailles après le dialogue avec le Tibet

En 2008, à la veille des Jeux Olympiques en Chine, les internautes chinois lancent un appel au boycott de certains produits français. En cause ? Le lien entre Paris et Le Tibet. 

Principale cible des internautes chinois: l'enseigne Carrefour que certains accusent alors de financer le Dalaï Lama. Sauf que rapidement, il apparait que le distributeur emploie une grande majorité de salariés chinois et vend des produits locaux. "Ce mouvement n'a donc eu que peu d'impact", observe Jean Marie Seronie.

Les exportations françaises vers la Chine concernent essentiellement des produits de luxe, de l'alcool et de la viande porcine, "or, depuis 2001, le solde bilatéral entre les deux pays est toujours excédentaire", note Thierry Pouch. 

2012 : les turcs manifestent après la reconnaissance du génocide arménien

L'appel d'Erdogan contre les produits français n'est pas une première. En 2006 déjà, les dirigeants turcs avaient relayé une campagne appelant au boycott des produits hexagonaux. L'appel faisait suite à la pénalisation de la négation du génocide arménien.

A l'époque, la Chambre de commerce franco-turque estimait que certaines entreprises avaient vu leur chiffre d'affaires baisser de 30 à 40% sur plusieurs mois.

En 2012, un autre appel au boycott, pour les mêmes raison, avait été lancé. Bien que les conséquences n'aient pas été chiffrées, Yves-Marie Laouënan, du cabinet LDS Consulting évoquait, dans les colonnes de l'Usine Nouvelle, les impacts indirects de ce mouvement: "Pour les PME, les difficultés pourraient davantage venir des petits chefs de l'administration qui font du zèle."

2019 : Danone fait face à la contestation au Maroc

En 2018, c'est contre le numéro un français de l'agroalimentaire, Danone, que les critiques s'élèvent. Sur les réseaux sociaux marocains, les internautes accusent l'entreprise de doper ses marges et de participer à la cherté de la vie. 

Malgré la réaction du groupe de vendre le lait à prix coûtant, le mouvement a fait chuter de 178 millions d'euros les ventes de produits Danone dans le pays en 2018. "Les boycotts contre des marques spécifiques sont beaucoup plus efficaces car plus facilement identifiables", observe Jean-Marie Seronie. Avant de nuancer : "mais ces marques sont en générale mondiales et les appels à boycott locaux ne sont qu'une goutte d'eau au vu de leurs résultats globaux".  

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