Alstom avance sur deux voies avec le train autonome

L’annonce venue d’Allemagne de tests avec l'industriel français Alstom sur des trains régionaux autonomes ne doit pas faire oublier le projet de train de fret qui devrait être testé en France dans les prochains mois.

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Coradia continental alstom
Deux trains Coradia Continental seront équipés pour rouler sans conducteur.

L’industriel français du ferroviaire Alstom a été désigné le 27 mai dernier par le ministère fédéral allemand de l’Économie pour effectuer des essais dès 2021 de trains régionaux automatiques en Basse-Saxe, ce qui constitue une première mondiale selon le constructeur français. Un projet mené avec l’Association régionale de la ville de Braunschweig, le Centre aérospatial allemand (DLR) et l’Université technique de Berlin (TU Berlin).

Le même jour, le Français se voyait décerner par le ministère allemand le "Prix de l’innovation pour les bacs à sable réglementaires" lié à ce projet d’essais visant à mettre en œuvre le système d'équipement de conduite automatique (ATO). "Ce prix d’innovation est une excellente nouvelle. C’est un projet assez complet. Le fait d’être reconnu par le ministère allemand de l’Economie est très positif, se réjouit Jean-Marc Nizet, vice-président signalisation grandes lignes chez Alstom. Nous avions déjà réalisé une première mondiale avec le train à hydrogène en Basse-Saxe. C’est avec ce même Länder que nous allons participer à une autre aventure."

Deux trains régionaux équipés en Basse-Saxe

Deux trains régionaux Coradia Continental seront dotés du système européen de contrôle des trains (ETCS) et d'un équipement de conduite automatique. "L’objectif est de finaliser le projet en fin d’année et cela demandera deux ou trois ans de développement. Les premiers tests commenceront fin 2021 pour une première commercialisation en 2023", précise Jean-Marc Nizet. Ensuite, 24 trains seront équipés.

Alstom a déjà mis en application son système ATO sur des métros, mais jamais sur des trains, en milieu ouvert. Ce projet permettra aux trains de fonctionner de manière automatique, avec différents niveaux d’automatisation (GoA). "Nous allons tester GoA3, où on garde un conducteur, mais c’est le système qui prend la main sauf en mode dégradé. Pour rentrer les trains au dépôt, GoA4 permet de se dispenser totalement de conducteur", explique Jean-Marc Nizet.

Des tests en France sur un train de fret

"En France on travaille sur les trains de fret en GOA3 et 4. On a équipé des trains qui participeront à des tests en circuit fermé dans les prochains mois." Sur ce projet, Alstom travaille avec SNCF, Altran, Apsys, Hitachi et l’Institut de recherche technologique Railenium.

Avec le train autonome, on estime chez Alstom que l’on peut réaliser 20 % d’économies d’énergies grâce à une optimisation de la conduite, sans gros coups d’accélération et de freinage et faire rouler 20 % de trains en plus sur une même ligne. C’est déjà le cas au niveau GoA2 qu'Alstom a développé sur les métros et RER. Avec GoA3, il y aura en plus la détection d'obstacles et de signaux pour rouler en réseau ouvert.

En Europe, les premiers appels d’offres devraient être lancés en 2022 ou 2023 pour des trains autonomes en GoA3. Rendre les TGV autonomes "n’est pas une priorité. Les gains sont plus importants sur le fret et les trains régionaux. Sur le fret, il y a les corridors européens, et le problème est souvent d’avoir des conducteurs sur ces longues distances", explique Jean-Marc Nizet.

Le train autonome bénéficiera du développement de l’ERTMS, le système européen de gestion de trafic ferroviaire, sur le réseau européen et il en favorisera aussi son accélération.

Aujourd’hui, 6 000 trains sont équipés de l’ERTMS en Europe dont 4 000 par Alstom. Il y a aussi 6 000 kilomètres de voies équipées en ERTMS. Il y en aura trois ou quatre fois plus dans les années 2025-2030, prédit-on chez Alstom.

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