Toute tendance technologique se doit d’avoir son événement annuel. Jusqu’à présent, l’entrepreneuriat basé sur des technologies de rupture – plus communément appelées "deeptech" – en était dépourvu en France. Avec la "Deeptech week", l'oubli est corrigé.
Cet événement, qui se tient du 9 au 13 mars à Paris, comporte plusieurs rassemblements dédiés à la recherche et à l’entrepreneuriat deeptech. Il intervient après que Bpifrance a lancé le "plan deeptech" en janvier 2019, puis le "deeptech tour" en septembre de la même année. Et rappelle l’importance grandissante de cette approche dans l’innovation technologique, sous l'impulsion de laboratoires de recherche et de start-up.
"Essor énorme"
Ce terme, apparu en 2016 dans une étude du Boston Consulting Group (BCG), évoque les innovations technologiques profondes. "Il y a lowtech, high-tech, puis deeptech", détaille Pierre-Emmanuel Struyven, président de Supernova Invest, un fonds d’investissement spécialisé dans le domaine. "Beaucoup de recherche, technologique ou scientifique, est nécessaire en amont pour arriver à la création d’une start-up deeptech", continue-t-il. Ces start-up reposent, à la différence des start-up numériques, sur des innovations technologiques profondes (comme les nouveaux matériaux, le quantique, les dispositifs médicaux avancés...) et non des innovations d’usage.
"Il y a un essor énorme de ces jeunes pousses, observe Sarah Pedroza, co-dirigeante de Hello Tomorrow en charge de la Deeptech week. Elles apparaissent, au-delà des technologies industrielles de pointe, dans les secteurs de l’agro-alimentaire, de la santé, de la mobilité…" D’après l’organisatrice de l’événement, le nombre d'entreprises de ce type augmenterait d’environ 20 % par an en France. Une croissance portée par l’apparition du terme deeptech dans l’espace public, puis par les initiatives de Bpifrance. "Le fait que les décideurs et le grand-public parlent davantage des deeptech donne une réelle visibilité à ce type d’entreprises, félicite Pierre-Emmanuel Struyven. Tellement que c’est devenu un label."
Souveraineté technologique
Derrière ce label : la collaboration entre start-up, laboratoires et, parfois, grands groupes. "Certains petits porteurs de projets, très innovants et souvent issus de la recherche, apportent des technologies de rupture à des grands groupes", explique Sarah Pedroza. Ces jeunes entreprises ont surtout besoin d'un financement conséquent. C’est là que le bât blesse. "Elles ont un besoin d’investissement assez long, rappelle le président de Supernov Invest. Mais il y a un défaut dans la dernière partie du financement, lorsque l’entreprise a un début de marché et doit s’industrialiser."
Les start-up se retrouvent parfois contraintes de se rapprocher d'’investisseurs et d'industriels étrangers. Ce qui peut s’avérer problématique pour certaines technologies critiques. "C’est un grand sujet de souveraineté technologique, abonde Sarah Pedroza. Nous avons intérêt à pousser nos chercheurs à l’entrepreneuriat, les investisseurs à être moins frileux et les entreprises à collaborer." La Deeptech week, dont certains événements ont été repoussés à octobre à cause du covid-19, doit réussir à amplifier la dynamique.



