Trois ans et demi après l’annonce par l’Etat d’un appui financier de 15 millions d’euros, ArcelorMittal Méditerranée a inauguré le 26 septembre le four poche installé sur son usine de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Environ 470 000 heures de travail cumulées et la mobilisation de 150 personnes, en pic d’activité, ont été nécessaires à la mise en œuvre de cet investissement de 76 millions d’euros qui doit réduire de 10% dès 2025 les émissions de CO2 de la fabrication de ses 130 nuances d’aciers.
Les tests ont débuté en juillet et une cinquantaine d’opérations de coulée a déjà été exécutée. A chaque tonne de fonte liquide issue du haut-fourneau remplacée par de l’acier recyclé, ce sont 2 tonnes de dioxyde de carbone évitées dans l’atmosphère. Grâce à cette technologie, ArcelorMittal Méditerranée espère multiplier par cinq l’usage d’acier recyclé dans son procédé, soit 500 000 tonnes par an au lieu de 100 000 tonnes. L’approvisionnement du matériau est, pour l’heure, principalement régional.
Un four qui n’en est pas un
Situé après les convertisseurs qui transforment la fonte en acier liquide, l’équipement se compose de trois électrodes de plus de 7 mètres chacune (en trois tronçons). Ces dernières sont vouées à générer un arc électrique pour remonter la température de l’acier liquide après incorporation de l’acier recyclé froid dans une poche de 335 tonnes. «Il n’existe pas plus d’une vingtaine de poches de cette capacité dans le monde, c’était un vrai challenge d’intégrer une solution de cette taille pour entamer notre décarbonation. Il n’y a pas de four en tant que tel. Le four, c’est cette poche d’acier liquide. Plus on met d’acier recyclé pour diminuer le CO2, plus on a besoin de réchauffer. Toute la difficulté est dans la maîtrise de la production de l’arc électrique au-dessus du bain d’acier liquide», explique Christian Vromen, responsable du projet chez ArcelorMittal Méditerranée. Deux poches «jumelles» coexistent dans l’installation pour recevoir l’acier liquide, mais elles ne peuvent être réchauffées qu’alternativement par les électrodes.
JC Barla La construction du four poche repose sur des pieux enfoncés à 15 mètres de profondeur. © JC Barla
Pour Pierre Mabelly, responsable du service «process», «la particularité du projet ici est qu’on obtient des arcs électriques de très grande longueur, de 150 à 200 mm, pour générer des puissances de 20 à 30 MW au-dessus de l’acier en fusion, à 1 600 degrés. Cet acier récupère la chaleur de l’arc et monte progressivement en température. On cherche à l’augmenter en moyenne de 20 à 30 degrés. Cet outil est un élément de pérennité pour l’usine pour continuer à produire de l’acier en Europe. De plus, il permet de fabriquer des produits que l’ancienne technologie ne permettait pas, avec, par exemple, des teneurs beaucoup plus basses en soufre ou phosphore, qui peuvent nous permettre d’aller chercher de nouveaux marchés, dans les pièces pour l’automobile notamment». L’entreprise assure «être sur les technologies les plus récentes pour améliorer nos process sur le plan environnemental».
Nouvel appel à une Europe plus protectrice de ses industriels
A l'horizon 2030, ArcelorMittal Méditerranée vise les 35% de réduction de ses émissions de CO2, la neutralité carbone étant ciblée pour 2050. Pour y parvenir, l’usine sidérurgique devra se doter d’un four électrique, en remplacement d’un haut-fourneau, qui, lui, fonctionnera véritablement comme un four afin de faire fondre les ferrailles directement. Pour le directeur d’ArcelorMittal Méditerranée, Bruno Ribo, qui cèdera sa place à François Sgro le 1er octobre, «l’unité est face à un énorme défi de transformation industrielle, sociétale et de compétitivité. J’ai de bonnes raisons de croire à l’avenir industriel du site de Fos. Mais nous avons besoin de l’Europe pour la réussir» appelle-t-il une énième fois en six ans de mandat, en regrettant la concurrence déséquilibrée et la faiblesse de son protectionnisme par rapport à d’autres régions du monde. Un impératif «décisif» aussi aux yeux de François Sgro pour qui «les prochaines étapes de notre décarbonation vont mobiliser des investissements encore plus importants».
ArcelorMittal Méditerranée emploie à Fos-sur-Mer 2500 personnes et s’appuie sur 1500 personnels sous-traitants. Après la prolongation de la fermeture d’un des deux hauts-fourneaux, une réduction des effectifs de 10% a été annoncée, sans plan social. Les modalités (mobilités internes, non-remplacements de postes, réduction de l’intérim…) sont discutées avec les organisations syndicales. Les volumes d’apprentis ne seraient pas touchés à Fos par la réorganisation.



