Et si l’internet quantique était plus proche que l’on pensait ? En exploitant une nouvelle approche, des chercheurs de l’université de Bristol (Royaume-Uni) ont mis en place un réseau de communication quantique présenté comme le plus grand jamais créé. La technologie déployée est affichée comme fiable, peu coûteuse et, plus important, extensible à des millions d’utilisateurs.
Car s’ils ont déjà été mis en place lors de dispositifs expérimentaux – pour sécuriser des échanges bancaires en Chine ou des élections en Suisse notamment – les réseaux quantiques font face à un problème de passage à l’échelle. La solution présentée par les chercheurs britanniques dans la revue Science Advances début septembre, déployée auprès de huit utilisateurs, se veut la réponse à ce blocage.
"Des millions de personnes dans un futur pas si lointain"
Basée sur l’intrication quantique, le système a pu être déployé sur le réseau de fibre optique de la ville. Une installation simple, qui a coûté moins de 300 000 livres (327 464 euros) et pris quelques mois. Selon les chercheurs, cet avantage économique est décuplé par la taille du réseau. Ils estiment qu’une toile de 100 personnes coûterait environ 5 milliards de livres (5,46 milliards d’euros) avec une installation classique. Contre 4,5 millions de livres (4,9 millions d’euros) estimés pour leur technologie.
"Jusqu’à présent les efforts visant à étendre ces réseaux engageaient de vastes infrastructures", rappelle dans un communiqué Siddarth Joshi, qui a mené le projet dans le laboratoire technologique d’ingénierie quantique de l’université. Ainsi, la création d’un réseau quantique de 100 utilisateurs aurait demandé l’installation de 9 900 récepteurs. Le nouveau réseau, lui, a demandé l’installation de huit récepteurs pour huit utilisateurs. Il en aurait fallu 56 sur un réseau quantique conventionnel.
Siddarth Joshi Un boitier de réception du réseau quantique mis en place à Bristol. (crédit : Siddarth Joshi)
"Au lieu de répliquer tout le système de communication pour chaque utilisateur, cette nouvelle technologie appelée multiplexage sépare les particules de lumière émises par un système pour qu’elles puissent être reçues par plusieurs personnes", détaille Siddarth Joshi. Selon lui, bien que cette méthode demande des améliorations, elle pourrait connecter "pas seulement des centaines ou des milliers, mais potentiellement des millions de personnes dans un futur pas si lointain".
Un réseau (presque) inviolable
Basée sur la cryptographie quantique, les réseaux d’internet quantique sont souvent présentés comme insensibles aux cyberattaques. Ils reposent sur un système de cryptage simple : le partage d’une clé numérique, indispensable pour lire les données échangées sur le réseau.
Sa résistance aux attaques vient des modalités de partage de la clé, basée sur un principe de physique quantique : le théorème d’inviolabilité. Un phénomène qui rend impossible la copie de l’état quantique d’une particule inconnue. Ainsi, impossible pour un hacker de lire la clé sans l’altérer… et donc sans révéler sa présence sur le réseau.
Pour autant, plusieurs approches ont déjà ouvert des failles dans certains systèmes de communication quantique. Car la cyber-défense repose sur un principe fondamental : aucun système de défense – tout quantique qu’il soit – n’est inviolable.



