Chronique

Vinventions prêt à conquérir le monde avec ses bouchons français en liège aggloméré

[Drinks stories] A Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), le deuxième fabricant mondial de bouchons pour le vin diversifie sa production. Jusque-là dédiée aux modèles synthétiques, l’usine fabrique, depuis juillet, les bouchons agglomérés Sübr selon un procédé d’extrusion unique utilisant une résine biodégradable.

 

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Vinventions Rivesaltes Bouchons agglomérés
Développée en Belgique, l'unique ligne d'extrusion de bouchons agglomérés est désormais opérationnelle à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). 200 millions d'unités pourraient y être produites d'ici à 2027.

Dans le vaste atelier dédié à la production de bouchons agglomérés, quatre joncs sortent d’une ligne d’extrusion. Cette matière est le résultat d’un assemblage de granulés de liège et d’une résine biodégradable (PBAT). Ramolli par la chaleur, le mélange est peu à peu refroidi avant d’être coupé en cylindres de taille identique. 20 000 produits sont ainsi fabriqués chaque heure. Chaque pièce est ensuite rabotée, lissée, contrôlée avant de recevoir un coating, d'être imprimée, et de rejoindre des milliers d’autres destinées aux vignerons de France ou de Chine. L’an prochain, suivront l’Argentine, les États-Unis, le Mexique.

L’industriel a consacré 10 ans (cinq ans de R&D et cinq ans comme ligne pilote en Belgique) et une dizaine de millions d’euros au développement de la ligne qui est désormais opérationnelle dans son usine de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Le site français a notamment été choisi pour sa proximité avec Cork Supply, l'un de ses fournisseurs de liège situé au Portugal. Vinventions a investi 1,4 million d'euros dans le site existant dont 400 000 euros issus de la région Occitanie dans le cadre du plan de relance pour l’achat de la ligne d’extrusion neuve.

« Cette année, 15 millions de pièces de la gamme de Sübr (nom donné à la ligne de bouchons agglomérés, ndlr) seront produites ici », annonce la directrice commerciale Catherine Champsaur qui vise 50 millions l’an prochain. Si le marché est convaincu, leur nombre pourrait quadrupler en 2027, et représenter 10% des ventes du groupe. La création d’une seconde ligne n’est pas exclue. En attendant, de nouveaux effectifs sont annoncés. « Nous recrutons sept personnes dans l’immédiat et sept autres à plus long terme », indique Ben Lombardo, le directeur de l’usine.

Micro-aggloméré aux airs de liège

Sur les 3,5 milliards de bouchons produits par Vinventions l’an dernier, 54 % étaient en plastique et 43% en métal sous forme de capsules à vis. Présenté comme une réponse environnementale, le modèle Sübr « est conçu pour se biodégrader en milieu industriel », indique Stéphane Vidal, General Manager Europ & Head of Innovation chez Vinventions. Le procédé d’extrusion unique évite le recours au polyuréthane. « Cette colle est généralement utilisée dans la production de bouchons agglomérés par moulage mais est difficilement recyclable ».

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L’industriel garantit aussi à ses clients l’absence de goût de bouchon. Outre le développement du process d’extrusion, Vinventions a travaillé l’esthétisme. Grâce à sa technologie brevetée d’impression, certains des produits Sübr ressemblent à s’y méprendre aux traditionnels bouchons en liège. Selon la finition choisie, le client obtient un produit laissant apparaître les lignes de croissance de l’écorce ou des petits points représentant les pores du liège. Privilégié pour les grands vins, l’authentique bouchon de liège ne représente en fait que 7% des 20 milliards bouteilles de vin vendues chaque année. « Il n’existe pas assez de matière pour répondre à toutes les demandes », explique Stéphane Vidal. Le bouchon aggloméré représente quant à lui 35 à 45% du marché.

Biosourcé et recyclé chimiquement

Avec ses bouchons « micro-naturels » destinés, entre autres, aux vins de longue garde, Vinventions mise sur l’innovation pour se démarquer de la concurrence. « On prend les devants, que cela soit par rapport aux nouveaux matériaux et aux réglementations, indiqueStéphane Vidal, En 2013, nous avons été les premiers à sourcer des plastiquesbiosourcés », se rappelle le dirigeant, faisant référence aux bouchons en polyéthylène basse densité produit à partir de canne à sucre.

En 2019, le groupe a intégré de la matière issue de recyclage chimique. Mais ces développements, coûteux en temps de crise, pourrait avoir un revers. Face au risque de récession provoqué par l’inflation, Stéphane Vidal redoute que les clients se rabattent sur des solutions moins qualitatives, plus économiques avec, comme conséquence, des produits au goût décevant pour une jeune clientèle à conquérir. L’inquiétude porte aussi sur l’avenir des contenants. A la tendance des vins en canettes, le dirigeant redoute le développement des bouteilles de vin en plastique, comme celui des bouteilles d'eau, en plein essor dans les pays du nord comme la Norvège. Vinventions qui compte 500 employés et réalise près de 200 millions d'euros de chiffre d'affaires n'aurait plus alors qu'à se réinventer.

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